Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/633

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


étaient poursuivis pour avoir pris part aux événemens de Nîmes ; ils furent tous acquittés, à l’exception d’un seul, Servent dit le Camp, que la cour de Valence condamna à mort, sur la plainte de la veuve Lichaire, dont le mari avait été massacré dans la nuit du 16 au 17 octobre. L’exécution eut lieu à Valence. La tête de Servent tomba, malgré les efforts de quelques personnes convaincues de son innocence, laquelle aurait été ultérieurement prouvée, s’il faut en croire l’affirmation du baron d’Haussez, préfet du Gard à cette époque [1].

Pour compléter le tableau des poursuites auxquelles donnèrent lieu les événemens du Gard nous devons signaler celles qui furent exercées contre le général Gilly. Après avoir tenté de soulever les Cévennes, il avait disparu. Le bruit se répandit alors, — cette version est accréditée encore aujourd’hui, — qu’il était parvenu à s’embarquer pour les États-Unis. La vérité, c’est qu’il n’avait pas quitté le département du Gard. Réfugié dans la commune de Topezargues, aux environs d’Anduze, chez un paysan protestant nommé Perrier, qui ne lui avait pas même demandé son nom, il ne le lui révéla que lorsqu’une somme de 10,000 francs eut été offerte par le gouvernement à quiconque le dénoncerait. Ce paysan était pauvre ; mais à dater de ce jour Gilly lui devint encore plus sacré, et il parvint à le soustraire à toutes les recherches. Pendant ce temps, un conseil de guerre prononçait contre le général contumax la peine capitale. Un jour, lassé de sa vie de misère et préférant la mort, il alla se livrer. Mais alors, à la requête de la comtesse Gilly, sa femme, il lui surgit un protecteur puissant. C’était le duc d’Angoulême. Déjà, en 1818, ce prince avait fait gracier le général Radet, qui l’avait arrêté en 1815. En 1820, il couvrit de sa protection le général Gilly et lui fit obtenir sa grâce pleine et entière. C’est ainsi que le neveu de Louis XVIII vengeait ses injures. Il nous est doux de terminer par un touchant souvenir le dramatique récit que nous venons de retracer.


ERNEST DAUDET.

  1. A en croire cette version, c’est le frère de Servent qui avait assassiné Lichaire.