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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/570

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avait regardé jusque-là comme une des plus grandes consolations de la mort. Ils ont pris place à leur rang auprès d’inconnus, qui venaient souvent des pays les plus éloignés, et à qui rien ne les rattachait que leur croyance. Esclaves, affranchis et hommes libres, Grecs, Romains et barbares, ont oublié toutes ces diversités de fortune ou d’origine pour ne se souvenir que de leur religion commune. Rien n’était plus contraire aux sociétés anciennes que cette séparation qui s’accomplit alors entre la famille ou l’état et la religion ; elle est l’œuvre du christianisme, et c’est aux catacombes qu’elle se manifeste avec le plus d’évidence.

Voilà les réflexions qui viennent d’abord à l’esprit, même quand on se contente de parcourir rapidement ces galeries interminables. Si l’on a le temps de les regarder de plus près, l’intérêt et la curiosité augmentent. Songeons que les catacombes sont le plus ancien monument du christianisme à Rome. Les autres ne datent que du IVe siècle, c’est-à-dire d’une époque où le dogme est fixé, où la religion nouvelle a trouvé un art et un langage pour exprimer ses croyances. Aucun d’eux ne rappelle le temps des tâtonnemens et des luttes ; aucun n’a conservé de souvenirs de l’âge héroïque de l’église. Ils ont été d’ailleurs trop souvent restaurés et refaits ; ils ont pris un air trop moderne. Que reste-t-il de véritablement antique dans les basiliques de Constantin ? Quelle peine n’éprouve-t-on pas à se figurer ce que devaient être Saint-Laurent, Sainte-Praxède ou Sainte-Agnès, quand on venait de les bâtir ? Les catacombes se sont mieux conservées. Abandonnées définitivement au IXe siècle, quand on eut transporté les corps des martyrs dans les églises de Rome, elles ont eu l’heureuse fortune d’être à peu près oubliées et perdues jusqu’au temps de Bosio. S’il leur est arrivé quelquefois depuis cette époque d’être dévastées par des amateurs cupides ou des explorateurs maladroits, on ne s’est pas avisé au moins de les refaire sous prétexte de les réparer. C’est le débris le plus vénérable, le témoin le plus authentique des premiers siècles du christianisme, et il n’y a pas de monument à Rome qui nous remette mieux en présence de ces temps primitifs, que nous connaissons si mal et que nous souhaitons tant connaître.

Dès lors tout y devient curieux, et les moindres détails prennent de l’importance. Ces briques qui se sont détachées des tombeaux et que les voyageurs foulent aux pieds, il faut les ramasser avec soin ; elles portent souvent la marque de ceux qui les ont fabriquées, et peuvent aider à fixer la date des galeries. Sur ces sombres murailles que nous longeons, on nous fait remarquer de temps en temps une petite niche ou une console qui déborde ; c’est là qu’était placée la lampe d’argile qui éclairait les visiteurs. Que de fois elle