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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/487

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dissiper toutes les obscurités que la loi nouvelle peut servir, et elle n’a certes rien d’extrême, rien que des esprits modérés aient à désavouer. L’assemblée la plus conservatrice n’a point certes à craindre de voter une loi de ce genre telle que le gouvernement la présente, surtout lorsque ce vote confiant doit avoir pour conséquence heureuse de simplifier les rapports des deux chambres, de dégager la situation, d’affermir un ministère d’apaisement et en un mot d’en finir avec ce règlement de comptes d’une période de troubles.

Ce que le sénat aurait de mieux à faire, et il serait positivement dans son vrai rôle, ce serait de donner l’exemple de la modération, même au besoin des concessions opportunes, à la chambre des députés, qui a de son côté quelque peine à se coordonner, à régler sa marche et à se mettre aux affaires sérieuses. Elle ne manque pas sans doute d’une certaine bonne volonté, cette chambre tumultueuse et novice. Elle écoute au besoin les sages paroles de M. le ministre de l’intérieur, qui s’étudiait récemment à mettre en relief le caractère conservateur de la république et du gouvernement. Elle semble assez souvent chercher sa voie et les occupations utiles. Malheureusement elle a toutes les susceptibilités de la prépotence, la confusion des pouvoirs inexpérimentés, et elle s’échauffe stérilement à la tâche aussi ingrate qu’irritante de ces interminables invalidations qu’elle poursuit sans paraître se rendre compte du précédent redoutable qu’elle crée. Après quatre mois, elle en est encore à examiner et à casser des élections. Elle n’aura pas fini son travail avant sa séparation prochaine du mois d’avril. Elle crée des catégories d’ajournés, d’invalidés, elle a ses commissaires aux enquêtes, commissaires à Versailles et commissaires en voyage. L’autre jour, M. Gambetta répondait avec impatience à un député pressé de connaître son sort que la chambre n’avait pas le temps, qu’elle ne pouvait se détourner d’une discussion des plus graves et des plus intéressantes qui se trouvait engagée. C’était vrai ; mais à qui la responsabilité de ces diversions stériles, de ces débats tumultueux et souvent injurieux qui ne laissent pas même le temps de se donner avec suite aux affaires et les plus pressantes ? Si la chambre veut montrer que nous sommes décidément rentrés dans une voie régulière, elle doit y songer. On ne peut pas lui demander de laisser absolument de côté la politique, la politique est partout ; mais il y a tout un travail auquel elle doit se mettre sans plus de retard, il y a des affaires d’un ordre pratique, financier, qu’elle ne peut plus laisser en suspens. Tandis que le sénat va expédier sans doute le budget général des dépenses publiques, il y a le budget des recettes qui attend encore à la porte de la chambre. M. le ministre des finances demandait récemment de la manière la plus pressante qu’on en finit ; il démontrait les inconvéniens de ces lenteurs, de ces ajournemens incessans. Nous touchons à la fin