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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/460

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centres, d’une quantité de produits à bon marché auprès desquels les articles similaires indigènes ne soutiennent pas la comparaison. Ce qu’elle y a gagné se réduit à peu près à la satisfaction de rendre le mal pour le mal : les industriels de la Saxe et des pays rhénans en savent quelque chose. Le gouvernement, auprès duquel ils se plaignent, leur répond pour tes consoler que la concurrence est une loi de nature, contre laquelle il est impuissant.

La situation faite actuellement en Alsace-Lorraine, en dehors des causes générales de crise, a l’industrie métallurgique n’est pas plus riante que celle qu’y subit l’industrie cotonniers. Heureusement pour toutes deux, elles ont pu conserver en France une forte partie de leurs anciens débouchés malgré l’établissement des droits de douane sur la nouvelle frontière. Le chiffre annuel de leurs importations sur ce dernier marché s’élève en ce moment à plus de 80 millions. Mais là encore, nul profit sérieux à espérer ; les droits et frais de transport dévorent au-delà des bénéfices, et c’est ainsi que toute l’ambition des industriels d’Alsace-Lorraine se réduit à peu près aujourd’hui à trouver moyen d’assurer le gagne-pain de leurs ouvriers et à arriver eux-mêmes, au bout de l’année, à couvrir leurs frais généraux de fabrication : ils n’y réussissent pas toujours. Déjà un certain nombre d’industries, autrefois prospères, sont ruinées ou ont émigré ; d’autres périclitent et végètent ; la plupart en sont à se louer de n’avoir pas encore succombé et font songer au mot de Sieyès, qui se félicitait d’avoir pu traverser la terreur « en vivant. » Mais pour une industrie, c’est peu que de vivre seulement ; il lui faut, sous peine de décadence et de mort, pouvoir progresser et grandir. Aussi ceux des producteurs d’Alsace-Lorraine qui s’en sont senti la force et le courage ont-ils pris le parti de créer des succursales sur le versant français des Vosges, afin d’être prêts à tout événement et de laisser, sans trop de dommage personnel, au gouvernement allemand le loisir et le temps de formuler le code économique appelé, s’il se peut, à introduire dans le nouvel empire les habitudes de travail régulier et d’épargne, inséparables aujourd’hui de la vraie prospérité des nations.

Les agriculteurs d’Alsace-Lorraine ont-ils, plus que les industriels, sujet d’être satisfaits de l’annexion de leur pays à l’Allemagne ? Beaucoup d’entre eux avaient d’abord pensé que du moins ils n’y perdraient rien ; les vignerons et les planteurs de tabac comptaient même y gagner beaucoup. Mais leurs illusions ont été de bien courte durée. Nous ne pouvons entrer ici dans les curieux détails de ce roman champêtre dont les péripéties ont abouti, plus promptement qu’on ne pouvait croire, à la dure réalité d’aujourd’hui. La culture de la vigne, qui occupe et fait vivre en Alsace près de 30,000 familles, a cessé d’être pour le pays une source de