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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/451

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demander ce que l’on gagnera et qui gagnera quelque chose dans cette transformation. Au lieu d’avoir devant lui les agens de six compagnies, le public en aura dix, quinze, vingt peut-être ; il n’y prendra point garde. En second lieu, pour que la transformation se justifie, on imposera aux compagnies fermières des tarifs plus bas que les tarifs actuels. Supposons 10 pour 100 sur 900 millions de recettes brutes, cela fera 90 millions ; la redevance sera diminuée de ces 90 millions, mais, comme on devra toujours payer le prix convenu pour le rachat, il faudra inscrire cette somme en dépense au budget de l’état. Enfin, que seront ces compagnies nouvelles ? Elles n’auront besoin que d’un faible capital pour leur fonds de roulement ; elles ne seront en rien comparables aux compagnies actuelles dont le capital dépassera bientôt pour chacune d’elles un milliard, 1,500 millions, deux milliards ; elles seront infiniment moins solides et moins puissantes. Moins puissantes : ne serait-ce pas là le secret désir de ceux qui considèrent comme nécessaire de briser ce qu’ils appellent l’esprit de résistance des compagnies ? Il faudrait d’abord ne pas se contenter d’affirmations vagues ; il faudrait préciser et dire dans quelles conditions cette résistance s’est manifestée ; mais nous allons plus loin, nous dirons que c’est précisément parce qu’elles sont résistantes ou, plus exactement, capables de résistance qu’il faut les garder ; on ne s’appuie que sur ce qui résiste, et, dans des circonstances bien graves, le pays a été heureux de rencontrer ces grandes associations et d’obtenir d’elles des services inespérés.

On oublie véritablement ce qui s’est passé en 1871, quand, au lendemain de la signature de l’armistice, on a demandé aux compagnies d’assurer en quelque sorte à la fois le ravitaillement de Paris, — le rapatriement de 400,000 prisonniers français, — le déplacement de la moitié de l’armée allemande. Personne n’a songé qu’il y avait sur les voies de fer 150 ouvrages détruits et que la circulation était entravée par ces immenses destructions et par les exigences des armées d’occupation. Les compagnies françaises n’ont pas demandé un jour de répit, elles ont silencieusement accompli une œuvre immense. L’état est-il au moins venu financièrement à leur secours ? Loin de là ; il leur a dit : Ouvrez des chantiers de tous côtés, agrandissez vos gares, augmentez votre matériel roulant ; puis, pour les garanties d’intérêt, je vous dois des sommes considérables, mais je ne puis vous les payer ; procurez-vous-les comme vous le pourrez, je vous en servirai l’intérêt. — En 1871, comme en 1872, l’état a tenu le même langage, et les compagnies ont dû ajouter aux emprunts qu’elles avaient à faire pour leurs travaux ordinaires et extraordinaires des emprunts spéciaux, environ 30 millions en 1871 et 34 millions en 1872, pour remplacer les engagemens de l’état.