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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/422

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principaux : 1° la constitution, par le gouvernement autrichien, de deux grandes compagnies, la Staatsbahn et la Sudbahn, — en français de Bourse, les Autrichiens et les Lombards ; 2° la fièvre des concessions, qui a sévi sur le pays de 1867 à 1873. En favorisant la création de deux sociétés puissantes dans lesquelles les capitaux étrangers entraient pour une part très large, le gouvernement obtenait la construction de lignes secondaires, le trafic des grandes artères, — celle de l’ouest à l’est donnée à la Société autrichienne, celle du nord au sud donnée à la seconde société, — devant compenser les insuffisances de recettes qui devaient se produire sur ces lignes secondaires.

La fièvre des chemins de fer qui s’est déclarée dans toute l’Europe a eu, en Austro-Hongrie, une gravité exceptionnelle due aux transports de céréales que les régions cisleithaniennes ont eu, en 1868, à expédier dans toutes les directions. On a dit que la Hongrie allait devenir le grenier de l’Europe, que l’exportation suffirait à rémunérer les capitaux engagés dans la construction des voies de communication, et les chemins de fer se sont multipliés à l’infini.

Les faits n’ont pas répondu à ces espérances. Entrepris sans études préalables sérieuses, les chemins de fer ont coûté beaucoup plus cher qu’on ne l’avait cru, puis on s’est aperçu que les routes de terre faisaient souvent défaut pour desservir les gares nouvelles ; de plus, l’étranger n’a point redemandé de céréales. L’état avait accordé une garantie d’un revenu déterminé ; mais, le capital prévu pour la construction s’étant trouvé insuffisant, on n’a plus su comment se procurer le capital complémentaire. Enfin, sur quelques lignes, les dépenses d’exploitation ont été supérieures aux recettes, et on a demandé à l’état de nouveaux subsides.

Ajoutons à toutes ces difficultés les spéculations effrénées sur toutes les valeurs mobilières, et l’on comprendra l’effondrement qui s’est produit à la Bourse de Vienne en mai 1873, au moment où s’ouvrait l’exposition universelle. Les chemins de fer n’ont pas été épargnés, et, à l’heure où nous écrivons ces lignes, on ne saurait dire qu’on soit arrivé à un état régulier et paisible.

Nous ne saurions traduire exactement le mot allemand qui a caractérisé les efforts tentés pour amener la guérison de ce qu’on a assimilé à une plaie sociale ; la Sanirung der Bahnen, littéralement l’assainissement des chemins de fer, est toujours à l’ordre du jour. Une loi très récente a donné à l’état des pouvoirs considérables pour racheter ou reprendre les lignes concédées à des sociétés malades et sans espoir de guérison. L’expérience seule pourra dire ce que vaut cette loi.

En résumé, les chemins de fer de l’Austro-Hongrie se répartissaient, au 1er janvier 1877, de la manière suivante :