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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/411

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du programme est l’abaissement des taxes et par conséquent celui des recettes nettes ; on obéit à un programme politique, celui de l’omnipotence de l’état, il faut le dire ; mais il faut dire aussi que cette transformation ne s’accomplira pas sans troubler l’équilibre de nos budgets à un degré que l’on ne soupçonne pas.

La question du rachat général de tous les chemins de fer français soulève des problèmes économiques multiples et des difficultés financières de premier ordre. Nous ne saurions dire si les uns et les autres comportent des solutions acceptables. Nous nous contenterons d’étudier les faits et de rechercher l’enseignement qui s’en dégage. Avant de les aborder, nous devons réfuter une assertion qui se reproduit constamment et qui tend à égarer l’opinion publique.

On a dit à la tribune de la chambre des députés, on répète souvent dans les journaux que chez toutes les nations étrangères il n’y avait plus d’hésitations, que l’exploitation des chemins de fer par l’état était désormais la solution certaine, indiscutée, indiscutable.

En premier lieu, on ne parle ni de l’Angleterre ni des États-Unis d’Amérique. Ce sont pourtant de grandes nations commerçantes ; il y a sur le territoire de chacune d’elles des courans de voyageurs et de marchandises dont nous avons à peine une idée ; or le mot d’exploitation par l’état y est à peine prononcé. Si on posait à un négociant anglais la question de savoir s’il ne conviendrait pas de confier l’exploitation des chemins de fer à l’état, de remplacer l’agent commercial qu’il voit chaque jour par un fonctionnaire nommé par la reine, venu tantôt de l’Irlande, tantôt de l’Ecosse, peut-être de l’Inde, il ne comprendrait pas et il faudrait qu’on lui répétât la question.

Qu’on lise attentivement les volumineuses enquêtes faites en Angleterre au sujet des chemins de fer, on y verra bien des mesures réclamées. On demande, par exemple,.que l’état exerce un contrôle et une surveillance, que les tarifs soient publiés ; on indique comme amélioration désirable une partie de ce qui existe en France, mais la question de la suppression de toutes les compagnies de chemins de fer et de la remise à l’état de l’ensemble des voies de communication n’est soulevée que par un très petit nombre de personnes, parmi lesquelles on peut citer des fonctionnaires publics jaloux de réaliser une augmentation de leurs attributions. L’immense majorité de la nation repousse énergiquement cette solution, et la conclusion de la dernière enquête du parlement est conçue en termes qui ne laissent aucun doute à cet égard : « Nous pensons qu’il est inopportun (inexpedient) de changer la politique qui a été adoptée, et qu’il faut laisser à l’entreprise libre des citoyens la construction et la direction des chemins de fer. »

En Amérique, on a été bien plus loin encore : un grand nombre d’états ont inscrit dans leurs lois fondamentales la prohibition