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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/317

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il n’y avait non plus rien de compromis. La Russie « n’avait pas perdu pour avoir attendu. » Dans le reste du monde, les premiers cuirassés avaient subi de nombreuses transformations. Des escadres primitivement créées, plusieurs étaient devenues, en très peu d’années, tellement arriérées qu’il n’y avait plus qu’à les vendre comme vieux fer. La marine russe avait par conséquent table rase et pouvait sans impedimenta travailler, comme la Prusse par exemple, à la création d’une flotte neuve en profitant de l’expérience acquise hors de chez elle. Cependant, quand elle se mit à l’œuvre, elle eut à constater dans ses arsenaux l’existence de quelques monumens du temps passé devenus insuffisans et portant les traces de la période d’essai par laquelle avaient passé toutes les flottes. Deux vaisseaux se présentaient d’abord, restes vénérables, mais démodés, de l’ancienne marine à voiles : c’étaient le Sévastopol et le Pétropavlosk. Ces vaisseaux transformés pouvaient figurer dans les rangs d’une escadre cuirassée avec honneur sans doute, mais cependant sans force suffisante pour se mesurer avec ceux des vaisseaux anglais, ou imités de l’Angleterre, qui sont une puissante expression de la force navale telle qu’on la comprend aujourd’hui. Ils reçurent les modifications suivantes : au lieu de hautes murailles percées de sabords à plusieurs étages sur les flancs et lançant des bordées de cinquante canons de chaque côté, salves impuissantes contre la dure enveloppe des bâtimens qu’on promène en ce moment dans la Méditerranée, le Sévastopol et son pendant le Pétropavlosk eurent chacun dix canons de 20 centimètres et quelques autres d’un calibre inférieur. Ce sont des bâtimens à haute mâture. Leur vitesse est de 11 nœuds ; leur blindage de 11 centimètres. L’amirauté russe n’ayant pu se résoudre à renoncer à ces non-valeurs, après leur avoir donné toutes les améliorations possibles, sans pouvoir cependant parvenir à les élever au rang de cuirassés de premier ordre, eut l’idée de construire un bâtiment d’après ses propres plans ; ce fut le Prince Pojarski, qui présente dix bouches à feu en batterie dans une casemate centrale. Ces canons sont de 20 à 21 centimètres, et le navire n’a qu’une vitesse de 11 nœuds. La Russie, persistant dans la résolution de ne prendre conseil que d’elle-même, mit ensuite en construction deux nouveaux bâtimens de haute mer : l’Amiral Greich en 1868, l’Amiral Lazaref en 1871 ; ils ont trois tourelles, six canons chacun de 22 centimètres, un blindage de 11 centimètres, une vitesse de 11 nœuds. Deux autres frégates du même type, à deux tourelles, l’Amiral Spiridof et l’Amiral Tchitcliagof, furent armés de quatre canons, de 27 centimètres, et leur ceinture blindée fut portée à 15 centimètres au lieu de 11.

On le voit, la Russie, quoiqu’elle comptât dans les rangs de sa