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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/316

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II

De même que la France a deux ports principaux : Brest et Toulon, — deux marines : celle de l’Océan et celle de la Méditerranée, de même la Russie a Cronstadt sur la Baltique, Nicolaïef sur la Mer-Noire. La flotte de la Mer-Noire est à l’état embryonnaire ; l’autre est plus importante, mais elle a été conçue surtout en vue de la défense du littoral et des ports. Ses moyens de navigation et de lutte en pleine mer sont insuffisans. La Russie, encore toute imbue du souvenir de la guerre avec l’Angleterre et la France en 1855, a été inspirée, en commençant la reconstruction de sa flotte, par la pensée d’écarter de ses rivages les vaisseaux de ses anciens adversaires. Elle devait donc se procurer avant tout une marine qui fût composée de bâtimens particulièrement propres à la protection des côtes, construits en vue d’empêcher le bombardement des villes, des forts, et de s’opposer aux descentes de l’ennemi. Dix monitors, construits dans ce dessein, sortirent des chantiers nationaux, savoir : l’Ouragan, le Typhon, l’Archer, le Narval, la Cuirasse, le Cuirassier, la Lave, la Foudre, le Devin, le Sorcier. L’artillerie de ces navires fut uniformément composée de deux canons, placés sur une tour. Leur cuirasse est de 12 centimètres pour la protection des murailles et de 28 centimètres pour abriter la tour. Les vingt canons de ces dix monitors ont été distribués deux par deux ; ils étaient de 22 centimètres. Lorsque ces monitors furent mis à flot, le gouvernement ne se crut pas encore assez fortement armé, et, persistant dans son système, il mit sur cale trois nouveaux bâtimens de même espèce, mais d’une puissance supérieure : la Trombe, la Magicienne, la Syrène. Ces navires étaient pourvus de deux tourelles. La Tombe n’avait que deux canons, mais il y en avait quatre à bord de la Magicienne et de la Syrène. Cette flotte défensive fut complétée par une puissante batterie flottante : le Minine, portant quatre grosses pièces de 28 centimètres et un blindage de 30 centimètres. Quand on eut terminé ce grand travail, le ministère de la marine et le prince qui préside aux destinées de ce service durent éprouver une certaine satisfaction, car ils pouvaient se féliciter d’avoir augmenté la puissance défensive de l’empire en l’entourant de ce rempart mobile.

Mais le temps avait marché pendant la création de ce matériel. La Russie avait un bouclier pour la défense, l’épée lui manquait pour l’attaque. Nous entendons par l’épée les bâtimens propres à la bataille en pleine mer, capables de chercher l’ennemi loin des côtes et de le combattre partout où l’on peut le rencontrer. Il n’y avait encore rien ou presque rien de fait dans cette voie, mais