Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/307

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans le jaune et jusqu’au violet ; elle se montre au contraire très brillante dans le rouge, — ce qui signifie que de toutes les couleurs simples elle fait deux parts, l’une exclusivement composée de rouge, qu’elle diffuse, l’autre contenant toutes les autres lumières, qu’elle absorbe ; d’où il suit qu’elle paraît rouge dans la lumière blanche. En résumé, les objets diffusent la lumière ; ils sont blancs quand ils éparpillent également tous les rayons simples ; ils sont rouges ou verts ou bleus quand, frappés par la lumière blanche, ils diffusent plus abondamment ces couleurs que les autres ; enfin ils sont noirs quand ils absorbent tout.

Il suit de là que la couleur des objets dépend essentiellement de la composition de la lumière qui les éclaire. Mettez dans un vase des étoupes imbibées d’alcool, jetez dessus une poignée de sel, vous obtiendrez une lumière qui ne contient que du jaune, et les objets éclairés par elle, ne pouvant diffuser que ce qu’ils reçoivent, seront jaunes : les figures, les étoffes, les porcelaines les plus brillantes, les tableaux, tout s’y montre jaune et noir. Si vous remplacez le sel par du sulfate de cuivre, la lumière sera bleue, et tous les objets seront bleus. Enfin, si vous appliquez ces principes à l’éclairage au gaz ou à l’huile, vous trouvez qu’il jette partout un excès de jaune orangé qui s’étend comme un glacis général sur tous les objets : le blanc devient jaune ; le jaune seul ne change point ; le bleu devient vert, et, quant aux corps violets, ils ne sont plus visibles, parce qu’il n’y a point de violet dans la lumière qu’ils reçoivent, et ils paraissent noirs. C’est bien pis encore pour les couleurs tendres, les roses par exemple, qui se confondent avec les jaunes pâles, et ces changemens sont tels qu’avant de décider le choix d’une parure, les dames ont coutume d’étudier en plein jour, dans une salle obscure, l’effet des couleurs au gaz. N’est-ce point l’aveu des altérations que ces couleurs subissent, et qui s’étendent aux pierres précieuses elles-mêmes ? Les rubis ou les topazes du Brésil, qui sont rouges ou jaunes, gagnent en éclat, les pierres bleues y perdent. Tout le monde sait qu’aux lumières le saphir n’est plus rien qu’une sorte de verre noir, que les tentures bleues paraissent sombres, et que presque toutes les salles de spectacle sont garnies de papiers rouges pour, être mieux éclairées. Il faut toutes les complaisances de l’œil et les longues habitudes de notre éducation pour souffrir des éclairages aussi pauvres, aussi faux. Lorsqu’au milieu d’une salle éclairée au gaz on allume tout à coup plusieurs fanaux électriques, l’œil éprouve aussitôt une sorte de délivrance, et par l’effet du redoublement d’éclat, et par la perception subite de couleurs qui n’étaient point soupçonnées ; les délicatesses du teint, les harmonies de la couleur, les richesses du détail se