Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/306

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


autres parties de l’atelier soient dans l’ombre, puisqu’il n’a aucun intérêt à les voir. Les mêmes besoins, les mêmes règles se retrouvent pour l’illumination d’une salle à manger. La lampe suspendue au-dessus et au milieu de la table, convenablement garnie de réflecteurs, rassemble toute sa lumière sur les cristaux, les ornemens d’argenterie, sur la savante symétrie du service, sur les toilettes des convives, et nul ne s’inquiète de l’obscurité qui règne au derrière de sa chaise. Ce sont les mêmes dispositions pour un billard, pour une salle de lecture, et jusqu’à un certain point pour un atelier, où les ouvriers, sans se préoccuper ni du luminaire, ni des ombres, n’ont à regarder que les surfaces éclairées des objets qu’ils façonnent. Dans ces divers cas, il n’est besoin que d’un éclairage local et direct venu d’une seule direction, illuminant un seul côté des choses, laissant tout le reste dans la nuit.

Il n’en est plus ainsi pour les lieux de réunion, pour une salle de spectacle, pour un café, pour une gare, pour un salon, pour un magasin ; là il faut une illumination générale, venue de toutes les directions à la fois, éclairant toutes les faces des objets, détruisant toutes les ombres et pénétrant jusqu’aux derniers recoins. Pour expliquer complètement ce sujet, il est nécessaire de faire une dernière excursion dans le domaine de l’optique. Si l’on vient à lancer un faisceau de lumière solaire dans une chambre obscure sur une feuille de papier, elle est illuminée et devient visible de toute la partie de la salle placée en avant d’elle ; c’est comme si chacun de ses points s’allumait devenait un foyer lumineux. La physique explique ce phénomène en disant que les rayons qui touchent la feuille s’y réfléchissent et s’éparpillent dans tous les sens : on dit qu’ils sont diffusés ; ils viennent alors frapper tous les autres points de la salle, qui les diffusent à leur tour, de façon qu’ils voyagent dans tous les sens en s’affaiblissant à chaque diffusion nouvelle ; mais ils sont remplacés par d’autres qui rendent le phénomène permanent. Comment se fait-il maintenant que les mêmes rayons donnent à une étoffe teinte la couleur bleue, jaune ou rouge, au lieu de nous la montrer blanche comme une feuille de papier ? On ne peut résoudre cette question que par l’expérience ; à cet effet, nous étalons un spectre dans la chambre obscure et nous le recevons d’abord sur une surface blanche. Nous remarquons qu’elle diffuse en totalité toutes les couleurs simples, depuis le rouge jusqu’au violet, et, puisqu’elle dissémine en égale quantité toutes ces couleurs simples quand elles sont séparées, elle les dissémine de même quand elles sont réunies dans la lumière du soleil, et le mélange est blanc. Mais quand nous plaçons dans ce même spectre une étoffe rouge, elle nous paraît toute noire dans l’orangé,