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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/301

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platine n’y fond point, pas même le cuivre ni l’argent, et cependant il est démontré que l’éclairage au gaz échauffe infiniment plus que celui de l’électricité, que l’on peut maintenir sans l’allumer un morceau d’amadou à quelques centimètres de l’arc, pendant que le bois s’enflamme à la même distance d’une lampe. Comment se peut-il faire que cette lampe, dont la température est relativement basse ; rayonne autour d’elle tant de chaleur et si peu de lumière, pendant que l’arc, avec une température qui dépasse toute évaluation et deux mille fois plus de lumière, émet une si faible quantité de chaleur ? Il semble qu’il y ait sur ce point une contradiction des faits. En voici l’explication.

Quand ils ont été échauffés, les corps émettent des rayons qui ne sont jamais simples, mais un mélange de radiations qui se dévient inégalement à travers le prisme pour donner un spectre. Au-dessous de 100 degré, ce sont des rayons de chaleur obscurs, qui sont les moins réfrangibles ; au-dessus de 100 degrés, jusqu’à 500, ce sont des radiations encore obscures, mais se rapprochant du spectre visible ; à 525 degrés, on trouve, avec toutes les chaleurs obscures précédentes, un commencement de rayons visibles rouges. Peu à peu s’ajoutent, avec l’accroissement de la température, toutes les lumières du spectre : le violet apparaît vers 1,100 degrés, et les radiations chimiques invisibles se montrent ensuite ; le spectre se complète ainsi peu à peu, gagne du côté des rayons très déviés, mais perd en même temps du côté opposé, celui des chaleurs obscures. On peut dire que l’ensemble se compose de vibrations de plus en plus rapides ; c’est comme un instrument de musique qui rendrait des sons de plus en plus aigus. Or, en promenant un thermomètre très sensible dans les couleurs du spectre, on trouve que le violet ne l’échauffé point, que le vert commence à le faire, que l’effet thermométrique augmente en se rapprochant du rouge et continue de croître dans l’espace occupé après le rouge par les chaleurs obscures. D’où l’on voit que, la température des corps augmentant, la proportion des rayons calorifiques diminue tandis que celle des rayons exclusivement lumineux augmente, et que l’arc, qui est le plus chaud des foyers, émet la plus grande somme de lumière Avec la moindre proportion de chaleur.


V

Me tenant jusqu’à présent dans les limites des questions scientifiques, j’ai prouvé que la lumière électrique est incomparablement plus abondante, plus éclatante, plus complète et moins