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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/297

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c’est à la condition d’être au moins vingt fois plus beau que celui des lampes.

On a cependant cherché à pousser la division plus loin encore en intercalant dans le circuit des fils de platine très fins qui rougissent et sont autant de petites lampes ; mais leur éclat est rouge et leur éclairement faible ; en voulant l’augmenter, on les fond. Un Anglais, M. Kind, a tenté de les remplacer par des charbons très déliés. Après bien des essais infructueux, on avait paru abandonner ce procédé ; on y est revenu depuis que M. Edmond Carré a réussi à préparer de véritables fils de charbon aussi minces que des fils de fer ; ils ne fondent pas, mais ils brûlent dans l’air, et, quand on a voulu les placer dans le vide, on a trouvé qu’ils se volatilisent. Il faut y renoncer. M. Jablochkof a fait une expérience bien meilleure : il fait passer les courans alternatifs dans le fil intérieur d’une machine de Ruhmkorff, ce qui donne dans le fil extérieur des courans induits également alternatifs, mais de tension plus grande, capables de se propager sur l’arête d’une feuille de kaolin, de l’illuminer et de maintenir autant qu’on le veut cette incandescence. C’est une belle expérience de physique ; nous ne lui croyons pas d’avenir pratique.


III

Tout le monde a remarqué que la lueur des becs de gaz paraît jaune orangé quand on les allume avant la nuit, il en est de même quand on la compare aux globes de lumière électrique qui brillent chaque soir près de l’Opéra ou devant les magasins de la Belle-Jardinière. L’œil est un organe si complaisant, et l’on s’est tellement habitué à cette couleur jaune de l’éclairage ancien, qu’on ne la lui reproche plus, tandis qu’on accuse d’être blafarde la lumière électrique, qui ressemble à celle du jour. Cette question mérite d’être traitée à fond. On sait depuis Newton que la lumière émise par les foyers est complexe ; elle est toujours composée d’un mélange de rayons qu’on nomme simples, que le prisme, sépare, étale et range, par ordre de déviations inégales, dans une image allongée que l’on nomme spectre. Ces rayons affectent différemment l’œil ; leurs teintes se suivent par dégradations insensibles, et harmonieuses en passant par sept types principaux qui sont le rouge, l’orangé, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet. Ces couleurs simples sont les élémens de toutes les teintes possibles et des flux lumineux émis par tous les luminaires possibles. Mais il s’en faut que ces luminaires les contiennent toutes et en égale proportion.