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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/289

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les gaz provenant de cette décomposition. C’était un projet insensé, on le vit bientôt ; mais il se trouva heureusement que ces courans successifs et inverses, lancés entre deux charbons, y allumaient l’arc électrique, que la lumière en était considérable, et que la dépense se réduisait à l’emploi d’une machine à vapeur pour faire mouvoir l’appareil. M. Reynaud, alors directeur des phares, n’hésita point à employer cette lumière électrique pour l’éclairage des côtes, et il y trouva à la fois de l’économie, une plus grande portée et surtout un éclat de lumière incomparablement supérieur. D’autre part, une compagnie industrielle (l’Alliance) se forma pour exploiter le brevet de Nollet, et, grâce à l’intelligence d’un mécanicien fort habile, M. van Malderen, elle put construire un nombre considérable de machines excellentes qui ont aujourd’hui fait leurs preuves de constance et de durée. On ne peut leur reprocher que le prix excessif auquel on les maintient malgré l’expiration du brevet, et aussi la faiblesse des aimans permanens qui entrent dans leur construction. Ce n’est point ici le lieu de décrire toutes les machines qui ont été imaginées dans le même dessein ; je passe donc sous silence celles de MM. Siemens, Wilde et Ladd, pour arriver à la plus originale de toutes, celle de M. Gramme.

M. Gramme est presque Français, étant originaire du duché de Luxembourg. Il ne se tiendra point pour offensé si je rappelle qu’il était, il y a peu d’années, un simple ouvrier, à la vérité fort instruit et très préoccupé de l’électricité. Il inventa tout d’abord un régulateur, puis la machine qui porte son nom. Je fus le premier confident de ses projets et son parrain devant l’Académie des sciences. Il a reçu depuis la récompense de ses travaux et s’est élevé bien vite, de la modeste situation qu’il occupait, jusqu’à la réputation, jusqu’à la fortune, jusqu’à la Légion d’honneur. Je vais essayer de donner l’idée de son appareil. Que l’on se figure un anneau de fer ficelé sur tout son contour par un fil de cuivre isolé, continu. On fait tourner cet anneau autour de son axe, entre les pôles opposés d’un aimant ; deux courans électriques se développent en même temps dans les tours voisins des pôles, et tous les deux viennent aboutie aux parties de la spirale placées en croix avec ces pôles. C’est là qu’on les recueille dans un sens qui est toujours le même ; de sorte que la machine est une pile véritable dont la puissance déjà très grande peut encore être augmentée en profitant d’une remarque due à Wheatstone. On remplace l’aimant permanent par un électro-aimant entouré de fils, dont le magnétisme permanent est très faible, mais qui est susceptible de prendre une aimantation temporaire énorme par le passage d’un courant dans le fil dont il est enveloppé. On commence par mettre la roue en