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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/260

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plaisantant : « C’est vous qui tenez la clé de Paris entre vos mains, dépêchez-vous d’ouvrir, » Un jour qu’il était dans une batterie, il eut un soubresaut involontaire en entendant la formidable détonation d’une pièce qui venait de faire feu à côté de lui. Un lieutenant de vaisseau lui dit : « Ce bruit doit vous fatiguer, monsieur le président ? » Il répondit, — oserai-je le répéter ? — « Non, ça me repose de celui que l’on fait à l’assemblée. »

Le résultat de l’établissement de la ligne d’attaque de Montretout ne se fit pas attendre. Dans la nuit même du 8 mai, nos troupes purent franchir la Seine. Billancourt, absolument dominé, allait recevoir la batterie qui devait forcer les canonnières à virer de bord et à se réfugier au pont de la Concorde. Le feu était incessant ; on sentait bien que la clé de Paris, comme disait M. Thiers, était aux mains des canonniers marins ; leurs batteries semblaient être devenues le lieu du rendez-vous des chefs de l’armée ; le 13 mai, en présence de M. Thiers, du maréchal de Mac-Mahon, de l’amiral Pothuau, des généraux Douai et Clappier, on dirige « un feu en bombe » sur le château de la Muette, qui servait de quartier-général à Dombrowski. — Peut-être M. Thiers voulait-il rappeler ainsi à cet étranger, accueilli par l’insurrection, les promesses que leurs plénipotentiaires mutuels avaient échangées en leur nom. Le 14, le général Douai ordonna de renverser la porte d’Auteuil ; il suffit d’une heure pour la détruire, raser un épaulement construit en arrière et démolir une seconde barricade élevée plus loin. Ces obstacles étaient cependant placés à 3,200 mètres. Pendant que Montretout pulvérisait la porte d’Auteuil, la batterie de Breteuil, composée de six canons rayés, servie par les marins, démantibulait la porte de Saint-Cloud, malgré les maisons qui en masquaient presque la vue et rendaient le pointage singulièrement difficile. Ce fut sous la protection de Breteuil et de Montretout que les travaux d’approche purent être lestement poussés dans le bois de Boulogne, et dévoilèrent ainsi quel était le véritable objectif de l’armée. Dans la nuit du 18, grâce au feu qui ne se ralentit pas, nos cheminemens vers la porte d’Auteuil avaient fait de sérieux progrès ; le lendemain, le général en chef envoyait au commandant Ribourt le télégramme suivant : « Le tir de la nuit a été d’une efficacité remarquable ; je vous adresse mes félicitations, faites-en part à tous vos officiers et marins ; faites-en part à Breteuil. » L’amiral Pothuau avait lieu d’être satisfait ; la marine ouvrait Paris, et, par une plaie béante, allait permettre à la civilisation d’y rentrer pour en chasser la barbarie.

Le dimanche 21 mai 1871, vers deux heures et demie de l’après-midi, alors que le feu de Montretout couvrait toute la zone depuis