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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/245

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Ce serait en effet une étrange illusion de croire que tout va changer, au Vatican avec le pontife, qu’avec Léon XIII va être inaugurée une politique nouvelle. C’est déjà beaucoup que cette crise de transition se soit passée sans difficultés sérieuses, que l’expérience ait montré dans une occasion mémorable l’efficacité des garanties d’indépendance assurées au pouvoir spirituel du saint-siège, que le pape soit à Rome et qu’il n’ait aucune raison de songer à en sortir. Évidemment il est possible, que, cette première épreuve passée, le nouveau pape se prête à la nécessité des choses, qu’il entre tacitement, pratiquement, par degrés, dans la voie de ce qu’on pourrait appeler un « statu quo amélioré, » Il y a des rapports inévitables auxquels il peut ne point se soustraire absolument ? il y a des concessions de détail qu’il peut faire sans bruit : ceci est possible, ce serait la suite d’une élection faite dans des vues de prudence. Au-delà, qu’on ne s’y trompe pas, rien ne sera probablement changé. Le pape Léon XIII ne se rendra pas plus que le pape Pie IX. Il protestera contre la dépossession du saint-siège, contre l’abolition du pouvoir temporel, c’est bien certain. Il ne s’inclinera pas devant les faits accomplis, il ne reconnaîtra pas l’autorité du gouvernement italien à Rome, il n’acceptera pas la liste civile qui a été votée pour lui. En un mot, il restera la papauté séculaire, traditionnelle protestant aujourd’hui comme hier contre tout ce qui lui paraît atteindre ses droits. Ce qu’on peut appeler une réconciliation officielle, publique, n’est guère à prévoir, et à vrai dire elle n’est pas plus nécessaire, elle ne serait peut-être pas plus utile à la liberté de l’Italie qu’à l’autorité du saint-siège sur le reste du monde catholique. Que le pape Léon XIII renouvelle donc des protestations inévitables, obligatoires, et que les deux pouvoirs qui se sont rencontrés une fois pacifiquement autour du conclave vivent côte à côte dans la même ville sans trop se heurter, c’est ce qu’il y a de plus facile à prévoir et de mieux à désirer. Les Italiens du Vatican et les Italiens du Quirinal sont d’assez fins politiques pour s’épargner à eux-mêmes et épargner au monde religieux le péril de ces conflits retentissans qui ne feraient les affaires que des fanatiques de tous les pays.

Certainement la France suit d’un regard attentif ces émouvans spectacles du monde. Elle est intimement engagée par son passé, par ses traditions, par le sentiment de sa position comme par ses instincts d’avenir dans ces grandes questions qui s’agitent sans cesse. Pour le moment elle ne peut être que l’auxiliaire très désintéressée, moralement efficace néanmoins de tous ceux qui, par le conseil, par l’action diplomatique, s’efforcent de ramener quelques idées de droit, de modération prévoyante, de libérale équité dans les affaires de l’Europe. C’est un rôle qui pourrait n’être ni sans honneur ni sans profit, et si les partis étaient un peu moins asservis à leurs passions, ils