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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 26.djvu/165

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d’étoffes en tous genres. L’exportation, il est vrai, a été presque nulle, mais cette situation changera dès que les productions du pays seront plus connues.

Wuhu, ville située à 50 milles de Nankin, sur le Yangtse, a une population de 60,000 habitans. Le premier Anglais qui s’y est installé a écrit aux journaux de Shanghaï qu’il y avait bu une telle quantité de vin de Champagne en compagnie du gouverneur chinois qu’il lui avait été impossible de donner une idée bien exacte du nouveau port. Le joyeux insulaire y était arrivé au milieu d’une tourmente de neige, ce qui, au dire des indigènes, est le plus heureux des présages. Wuhu est la résidence d’un magistrat civil et d’un tao-tai, — préfet ; il y a aussi un colonel, qui surveille deux camps de braves, et deux officiers de la marine impériale. L’un commande en chef la flotte qui stationne à l’embouchure du Yangtse, l’autre dirige les canonnières chinoises qui font la police intérieure du fleuve. La ville est bien bâtie, et la rue principale n’a pas moins d’une lieue de long. Cette immense voie est bien pavée ; elle est bordée par de magnifiques maisons, quelques-unes à deux étages, toutes ornées d’enseignes en laques rouges, ou noires, sur lesquelles se détachent en lettres d’or les noms des marchands. Lorsque le soleil frappe obliquement la rue, l’aspect en est éblouissant. Le climat est sain, et la population polie pour les étrangers. Les lettrés et les officiers en retraite y sont cependant hostiles à nos missionnaires, fort nombreux dans ces ; régions. Ils n’en craignent pas la morale, mais les empiétemens. Il ne se fait qu’un commerce à Wu-hu, et c’est celui du riz. Aux environs de la ville, la campagne est couverte d’immenses rizières et de champs de blé. Le port a été déclaré libre le 1er avril ; de nombreuses marchandises étrangères s’y sont déjà vendues, et tout fait supposer que les produits européens y trouveront un débouché considérable.

En terminant cette étude, je me demande si, en France, ministres et commerçans ont eu quelque souci de l’ouverture des nouveaux ports et des avantages qui peuvent en résulter pour nous. Je crois que rien n’a été fait jusqu’ici dans ce sens, la politique de combat ayant arrêté partout l’essor de la spéculation. Comment eussions-nous songé en effet à nous créer des relations d’affaires avec des contrées nouvelles, lorsque depuis six longs mois tout était remis en question ? Quoi qu’il en soit, la concession qu’a faite l’empereur de Chine, — concession forcée, il est vrai, — ne peut rester ignorée du gouvernement actuel et de nos chambres de commerce. Il est temps que la France envoie un ou deux délégués dans l’extrême Orient, pour y étudier les nouveaux ports..