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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/960

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ce qui est arrivé ; c’est ce qui a laissé le saint-siège désarmé et a fait sa faiblesse en présence de cette émancipation italienne si habilement conduite de Novare au congrès de Paris, du congrès de Paris à la guerre de 1859, de l’annexion de la Lombardie à l’annexion de la Toscane et de Naples, de Turin à Florence et de Florence à Rome. Le pontife s’est trouvé pour ainsi dire pressé, entouré, assiégé par cet affranchissement méthodique d’un peuple jusqu’au jour où il n’a plus eu d’autre refuge que le Vatican.

Tout lui a été fatal depuis vingt-cinq ans, et la crainte de recommencer une expérience qui n’avait pas été heureuse, et ses scrupules de prêtre, et un certain sentiment de dignité devant la violence des événemens, et la vaine protection de la France qui ne lui a donné qu’une sécurité trompeuse. Cette situation extrême où la royauté temporelle des papes a fini par disparaître, ce n’était point sans doute Pie IX qui l’avait créée, il l’avait reçue compromise, presque désespérée. Aurait-il pu la relever, la raffermir tout au moins, en reprenant avec plus de suite et de fermeté cette œuvre de réformation qui avait décoré d’un si beau lustre les débuts de son règne ? Il ne l’a pas essayé ; il s’est même défendu contre toute tentation de ce genre, et en fin de compte, devant ses contemporains, il reste un de ces princes destinés à illustrer par leur vertu, par leurs qualités attachantes, des crises où ils combattent désormais pour l’honneur des principes plus que pour la victoire.

Ce qui est certain, c’est que dans une carrière qui, depuis trente ans, n’a pas cessé d’être un drame, qui a été semée de toute sorte de péripéties, d’incidens pathétiques, de scènes émouvantes, Pie IX a traversé toutes les situations sans y laisser l’intégrité de son caractère et de son esprit. On a dit souvent que le cardinal Antonelli avait été le véritable inspirateur de la papauté, qu’il dirigeait tout ; c’était une erreur. Le cardinal Antonelli, tant qu’il a vécu, a eu assurément une grande place dans les conseils du Vatican ; il portait avec une habileté souple et ferme le poids des affaires, et il savait donner à la diplomatie romaine le relief de sa parole. Pie IX restait le vrai pape, et il a mis son empreinte dans tout son règne. Ce ne fut pas sans doute, au point de vue humain, un politique de premier ordre. Il y a dans sa vie deux parties qui se querellent ou se contredisent, et le pontife absolu du lendemain des révolutions semble faire pénitence des velléités libérales du pape de 1847. L’adversaire des idées modernes se dévoile dans ces encycliques, dans ces dogmes nouveaux par lesquels il a étonné le monde, dans des accès de zèle sacerdotal ; mais le lendemain comme la veille, dans ses passions de prosélytisme comme dans ses contradictions apparentes, c’est bien toujours le même homme avec cette nature impétueuse et fine, ardente et aimable, séduisante et mobile, qui a fait sa