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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/939

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exclusive en faveur des premiers plutôt qu’il ne préconisait un système absolument hostile à l’intérêt du prêt, C’est bien longtemps après la mort de Saint-Simon, quand la période religieuse a été ouverte, que ses successeurs ont introduit les doctrines de la loi nouvelle sur la propriété et ont voulu réformer ce qu’ils appelaient l’exploitation de l’homme par l’homme. Ils ne visaient point à l’abolition de la propriété, mais à celle de l’hérédité, et songeaient plus à l’affranchissement de la terre qu’à l’abolition de l’infâme capital, comme on a dit plus tard. La formule « à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres, » s’adressait surtout aux héritiers oisifs de la terre, dont celui qui- ne cultive pas n’a pas droit de recueillir les fruits. En ce qui regarde la propriété mobilière, le capital, cet instrument de travail, ce moyen d’échange indispensable, il devait être mis à la disposition du travailleur par la multiplication des banques.

L’auteur (après Brissot) du mot fameux « la propriété c’est le vol, » Proudhon, s’attaqua plus directement au capital et conclut plus nettement à l’abolition de l’intérêt. Proudhon, plus grand écrivain que penseur profond, avait combattu avec une logique irrésistible tous les systèmes socialistes, aussi bien celui de M. Louis Blanc, pour qui la concurrence était le mal sans remède et l’association générale le but à atteindre, que les saint-simoniens et les phalanstériens, qui voulaient réaliser cette association par une hiérarchie sans contrôle et sans justification. Il revendiquait hautement le droit de l’individu, mais il le limitait au présent, et, en ce qui concerne le capital, il arrivait à considérer toute réserve, toute économie constituant un capital dont la disposition dans l’avenir pourrait donner lieu à un prêt et partant à un bénéfice, comme un vol fait par le possesseur du capital au producteur et au travailleur. Les économistes avaient dit que le travail est la source unique de la valeur des choses, que c’est par la quantité du travail dépensé pour les produire qu’on peut seulement et réellement mesurer la valeur de toutes les marchandises, les estimer et les comparer ; or, puisque les produits s’échangent contre les produits, le travail devient ainsi la règle absolue des échanges. Proudhon adopte ces prémisses, mais en subordonne l’application à un principe supérieur, inhérent à l’homme, essence même de son être, à une faculté sans laquelle il ne peut vivre, ni à l’état d’individu, ni à l’état social, c’est-à-dire à la justice, à la réciprocité, à l’équilibre, à la mesure qui impose aux personnes, aux choses et aux biens l’égalité. Le principe de la justice entre les hommes, a dit Proudhon dans ses nombreuses publications de 1848 et de 1849 comme dans son livre fameux sur la Justice dans la révolution et dans l’église, adressé dix ans plus