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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/92

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église qu’un historien byzantin, Évagrius le scholastique, visita au milieu du VIe siècle et dont il nous a laissé la description.

C’est cette église que M. de Vogüé a retrouvée. Elle est située sur une colline d’où l’on aperçoit au loin le lac d’Antioche et la chaîne de l’Amanus. On y arrive en passant sous un arc de triomphe, hardi et bien conservé, qui annonçait l’approche du lieu sacré. La colline est entourée d’une enceinte flanquée de tours. Elle contenait d’un côté un vaste monastère, avec les cellules des moines, la chapelle, la salle de réunion, et une maison ornée d’un portique à trois étages, qu’habitait sans doute le supérieur. L’autre côté est occupé par l’église, dont la façade principale, avec ses trois portes rondes surmontées de frontons triangulaires, est l’une des plus élégantes qui se trouvent dans ces contrées. « Il est impossible, dit M. de Vogüé, de n’y pas reconnaître tous les élémens du portique de nos cathédrales romanes. » L’église de Saint-Siméon est construite dans un système très original, et parfaitement appropriée au dessein pour lequel on l’avait bâtie. C’est une de ces immenses croix, à branches inégales, qu’on appelle « croix latine. » La partie centrale, où venaient se croiser et se réunir toutes les nefs, forme une cour octogonale découverte, de 30 mètres de diamètre, au milieu de laquelle s’élevait la colonne, qu’on avait pieusement conservée et qui pouvait ainsi se voir de partout. La branche orientale de l’église, qui contenait l’autel et où l’on célébrait les cérémonies religieuses, avait à elle seule 42 mètres de longueur ; elle est fermée par trois absides où revivent toutes les bonnes traditions de l’art antique, et qui sont en même temps, selon M. de Vogüé, « le prototype des absides rhénanes et françaises du XIIe siècle. » La cour centrale, dont un contemporain nous dit « qu’elle était travaillée avec un art merveilleux, » a malheureusement plus souffert que le reste. Elle est encombrée de grosses pierres qui proviennent de la chute des combles. La colonne de saint Siméon n’est plus debout comme autrefois ; les tremblemens de terre l’ont renversée et elle s’est brisée en tombant. Cependant M. de Vogüé en a retrouvé la base, qui était taillée dans le roc, et l’extrémité du tambour inférieur, bloc informe mutilé par les fidèles qui sont venus pieusement en enlever des morceaux. Il a calculé d’après ces débris que la plate-forme supérieure, sur laquelle habitait le saint, devait avoir 4 mètres carrés d’étendue. C’est donc sur un espace de 4 mètres carrés qu’il a vécu pendant trente-sept ans ! Pour voir les lieux où s’était accompli ce véritable miracle, les pèlerins accouraient de tous les pays de l’Asie. Il est aisé de se figurer la surprise qu’ils devaient éprouver en parcourant ces beaux et vastes édifices qui s’étaient élevés autour du pauvre couvent de Siméon. Ils admiraient dans les quatre