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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/913

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parce que tout est réglé par la coutume. Le partage des produits du sol se fait d’une façon très différente, suivant que sont en vigueur dans un pays le métayage, le bail à ferme, le bail héréditaire, la petite ou la grande propriété, la propriété communale ou la propriété privée. Les diverses formes de l’hérédité impriment à l’ordre économique des modifications essentielles et correspondantes, par exemple, démocratisant la possession de la terre en France ; en Angleterre, au contraire, la concentrant aux mains de quelques grandes familles. Le salaire sera bien plus instable dans un pays où les ouvriers accumulés dans certains centres industriels doivent à tout prix louer leurs bras, que dans un pays où les artisans répandus dans les campagnes, comme en Suisse, trouvent dans la culture de leur petit champ un supplément de ressources. Peut-on parler de la monnaie sans se demander à quelles pièces d’argent ou d’or la loi attribue le privilège d’être reçues en tout paiement et d’éteindre toute dette ? S’occupe-t-on du crédit, on ne peut pas ne pas tenir compte des lois qui concernent les banques, le prêt à intérêt, les faillites ou les sociétés commerciales. Les relations des hommes avec les choses et des hommes entre eux sont évidemment déterminées par le droit. L’économie politique doit donc nécessairement s’appuyer sur la philosophie et sur l’histoire du droit. Sans doute ces sciences ne doivent pas être confondues, mais on ne peut les étudier les unes sans les autres. La nécessité de réfuter les doctrines communistes rend cette union indispensable. Les socialistes en effet ont prétendu que la condition économique des salariés est la conséquence des institutions en vigueur, et ils réclament la réforme de celles-ci parce qu’elles sont, disent-ils, la vraie cause de la misère. Si l’on veut leur répondre autrement que par des généralités, il faut remonter jusqu’aux lois civiles et examiner ce qu’elles ont de nécessaire, d’utile ou de nuisible à la prospérité nationale et au bien-être de chacun.

Le rapport des questions économiques avec le droit n’a été exposé d’une façon systématique que tout récemment. Stuart Mill a quelques vues très justes à ce sujet. M. Schmoller, professeur à l’université de Strasbourg, et Hermann Rössler, professeur à celle de Rostock, ont parfaitement montré toute l’importance du problème [1]. Mais je ne connais que MM. Adolph Held, de Bonn, et

  1. Voyez G. Schmoller, Offene Briefe an Treitschke (Lettre ouverte à Treitschke). Hermann Rössler, Ueber die Grundlagen des Schmithianismus, et Die alte und die neue Nationalökonomie dans l’excellent recueil de Hirth : Annalen des deutschen Reiches. Schäffle, dans son curieux livre Capitalismus und Socialismus, touche constamment au côté juridique. Son grand ouvrage, Bau und Leben des socialen Körpers (Construction et vie du corps social) traitera nécessairement ce sujet ; mais le premier volume n’est qu’une tentative, d’après moi peu réussie, de retrouver dans le développement des sociétés la même marche que dans celui des corps organiques.