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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/907

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d’avance. Quelle profondeur aussi dans les chapitres où il décrit les caractères de l’industrie moderne et les relations qui en résultent entre les maîtres et les ouvriers ! Les livres si brillans et si profonds de M. Dupont-White montrent à toutes leurs pages les rapports de la politique et de l’économique, et ici même M. Baudrillart vient de publier une étude faite dans le même esprit : Le luxe et les formes de gouvernement.

Un autre chapitre à écrire et qui contiendrait plus d’un paragraphe piquant et instructif, c’est celui où l’on examinerait l’influence des diverses formes de culte sur la productivité du travail et la prospérité des peuples. Ce qui rend le travail productif, avons-nous dit, c’est l’application de la science dans l’industrie et de la justice dans les lois. Tout culte qui condamnerait l’étude de la nature ou qui consacrerait de profondes iniquités ou de grandes absurdités mettrait obstacle au progrès économique. L’ancienne religion de la Chine et celle de Zoroastre mettaient la bonne culture et les plantations d’arbres au rang des œuvres pies. Aussi la Chine et la Perse étaient-elles très prospères, et aujourd’hui encore les Parsis aux Indes sont presque tous très riches, et les Chinois font partout fortune. Le mosaïsme s’est montré très favorable au développement du bien-être. Il avait transformé les rochers arides de la Palestine en un pays extrêmement florissant, abondant en denrées, dix fois plus riche et plus peuplé qu’il ne l’est aujourd’hui. Sous nos yeux, les sectateurs de Moïse deviennent partout les rois du commerce et de la finance, et dans certains pays où la population est encore mal guérie des effets de l’oppression, comme dans l’Europe orientale, dès que s’établit la libre concurrence, ils l’emportent si complètement qu’on les frappe de mesures d’exception et que parfois on les massacre. Le mahométisme a ruiné tous les pays où il a régné seul, sauf l’Égypte, qui, grâce aux bienfaits du Nil, ne peut l’être. Ses dogmes diffèrent peu de ceux du judaïsme ; mais il a établi le despotisme, enseigné l’indifférence fataliste et dédaigné la science : cela a suffi pour tout stériliser. Le culte qui a débuté par brûler la bibliothèque d’Alexandrie ne pouvait être favorable à la diffusion des lumières ni par conséquent à l’accroissement de la richesse.

Le christianisme, en préparant peu à peu l’affranchissement de tous, et en répandant des idées d’égalité et de justice, a produit le magnifique épanouissement de la civilisation moderne. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la puissance des états chrétiens avec celle des autres pays, et de remarquer que les peuples les plus libres et les plus prospères sont précisément ceux qui, par la réforme, se sont le plus rapprochés des principes de l’Évangile. Il y a plus, les sectes qui ont appliqué ces principes presque dans toute