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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/898

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nulle forme de gouvernement ne serait mieux faite que la république pour y faire face, car avec la république vous avez pour défendre l’ordre établi, outre ses soldats habituels, les conservateurs, tous les partisans de la démocratie, que vous auriez contre vous sous la monarchie. Un gouvernement populaire est plus fort pour la résistance qu’un gouvernement autocratique ou oligarchique. Sous le premier, tout le monde étant dans la place, elle n’est menacée que par les déclassés, les fous et les scélérats ; sous le second, comme elle n’est occupée que par les privilégiés, le reste de la nation, qui veut y pénétrer, en fait le siège, et au jour de l’assaut les coquins se précipitent à la suite des honnêtes gens et restent bientôt les maîtres. — C’est ce qui arrivera indubitablement si l’on rétablit le despotisme chez un peuple qui n’est plus fait pour le subir. M. Maxime Du Camp, en finissant le dernier des volumes qu’il a consacrés à décrire Paris, jette un regard mélancolique sur la grande et belle cité qui sera encore une fois, croit-il, livrée aux flammes et à la destruction. Ce serait là en effet la conséquence inévitable de la chute du troisième empire. Il ne pourrait subsister qu’en comprimant à outrance la partie la plus intelligente, la plus laborieuse, la plus vivante de la nation. On verrait recommencer la lutte qui a abouti au renversement de Charles X, de Louis-Philippe et de Napoléon III. Profitant de l’opposition générale, le socialisme anarchique reprendrait des forces, et lorsque le trône s’écroulerait sous les coups de l’étranger ou sous ceux des citoyens, il se trouverait des monstres prêts à recommencer les atrocités de 1870. Pour mettre un terme à cet enchaînement de réactions et de révolutions, il suffirait que des connaissances économiques généralement répandues fissent voir les choses telles qu’elles sont, dissipant d’un côté de vaines alarmes, de l’autre les illusions et les utopies. Il ne faudrait qu’un peu de lumière pour se convaincre que le spectre rouge et le radicalisme ne sont qu’un leurre employé par les fauteurs du despotisme pour attirer à eux les niais et les trembleurs.

C’est surtout aux légistes et aux avocats que l’économie politique est indispensable. La plupart des lois et les plus importantes se rapportent à des questions économiques, impôts, finances, douanes, traités de commerce, chemins de fer, marine. Or, avec le régime représentatif, ce sont les citoyens eux-mêmes qui dirigent les affaires par leurs élus ; font-ils de mauvais choix et leurs députés sont-ils ignorans de leurs vrais intérêts, ceux-ci feront de mauvaises lois, et la prospérité du pays en souffrira. Dans toutes les assemblées délibérantes, les avocats ont toujours joué un rôle éminent, parce qu’ils ont l’habitude de la parole. N’est-il pas de première nécessité qu’ils connaissent la science de la richesse ceux qui sont appelés à voter les lois d’où dépend l’accroissement du