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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/86

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salut éclaire le lieu qu’obscurcissaient les ténèbres ; les sacrifices idolâtriques sont remplacés par les chœurs des anges ; où se célébraient les orgies d’un dieu se chantent les louanges de Dieu. Un homme qui aime le Christ, le notable Jean, fils de Diomède, a offert à Dieu, de ses deniers, ce magnifique monument, dans lequel il a placé la précieuse relique du saint vainqueur martyr, George, le saint lui étant apparu, a lui Jean, non en songe, mais eu réalité. » L’église d’Ezra était donc élevée sur l’emplacement d’un temple païen ; elle fut achevée en 515 et sert encore aujourd’hui au culte pour lequel elle a été bâtie il y a douze siècles. Le notable Jean l’avait si solidement construite qu’elle a résisté à tous les assauts du temps et des hommes, et que les bombes mêmes d’Ibrahim-Pacha, qui pendant la guerre de Syrie ont traversé la coupole, n’ont pu la renverser. Elle a la forme d’un octogone inscrit dans un carré, huit piliers reliés par des arcades soutiennent la coupole ; les quatre angles sont occupés par des chapelles, dans l’une desquelles se trouve encore le tombeau de saint George, objet de la vénération des chrétiens et des musulmans.

Plutôt que de s’établir dans les temples, l’église, on le sait, choisit pour y célébrer son culte ces monumens que les anciens appelaient des basiliques, et où l’on rendait la justice. Ils convenaient parfaitement à ses cérémonies et elle n’eut presque pas de changement à y faire pour se les approprier. C’est ce qu’a montré M. de Vogüé en reproduisant dans ses planches une basilique païenne, celle de Chaqqa, qui est antérieure à Constantin, et une église qui a été bâtie dans la même forme un siècle plus tard. On verra, en jetant les yeux sur les dessins de M. de Vogüé, combien les deux édifices se ressemblent. L’architecte chrétien n’a pas eu besoin de se mettre en frais d’invention ; il s’est contenté d’ajouter une abside assez grossière, et de flanquer sa façade d’une tour à trois étages. Voilà pourtant le commencement de l’art chrétien en Syrie ; c’est, comme on voit, un début assez timide. Mais l’église ne devait pas rester longtemps fidèle au type des basiliques païennes qu’elle avait d’abord exactement reproduit ; elle s’en détache vite pour créer des monumens d’un genre nouveau et qui lui appartiennent davantage. M. de Vogüé fait très bien remarquer qu’en Syrie la situation particulière dans laquelle les architectes se trouvaient placés les força d’être originaux. On a vu que le pays ne produit presque pas de bois ; la seule roche dont on puisse se servir est un basalte très dur et très difficile à tailler. C’était une grande difficulté pour les architectes ; ils surent la faire tourner à leur avantage. « Cette nécessité toute matérielle, en exerçant leur sagacité et leur savoir, leur fit trouver des principes nouveaux. » L’arc était la seule combinaison capable de relier avec des