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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/859

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obligés de ralentir leur vitesse ou courent le risque de s’échouer sur les berges en cherchant à s’éviter. Le canal sera d’ailleurs muni d’un chemin de halage sur chaque rive, ce qui facilitera non-seulement la navigation des chalands, mais encore l’entretien du canal et le chargement et le déchargement des marchandises en un point quelconque du parcours. La navigation se fera par convois, comme sur la Seine, au moyen de toueurs sur chaîne noyée ou de simples remorqueurs à vapeur. Les bateaux apporteront leurs marchandises aux établissemens industriels qui existent déjà ou se créeront dans la plaine de l’Eure ou le long des rives du canal. Les terres résultant de l’excavation, rejetées en cavalier de part et d’autre, formeront des talus qui seront plantés d’arbres et qui contribueront avec ceux-ci à arrêter l’effet des coups de vent.

Le canal partira du pied même du cap de Tancarville, à 96 kilomètres à l’aval du pont de pierre de Rouen, passera au pied d’un autre cap, celui du Hode, et longera une série de coteaux ; il coupera ensuite la rivière la Lézarde au-dessous d’Harfleur, dont la communication avec la Seine sera ainsi interrompue, mais qui sera relié au canal par un embranchement de 500 mètres. La rivière la Lézarde et les ruisseaux qui descendent des coteaux le long de la Seine assureront l’alimentation du canal. Celui-ci traversera finalement la plaine de l’Eure en diagonale et aboutira au bassin de l’Eure. En amont sera un bassin de garage dans lequel les péniches et les chalands chargés ou déchargés allant au bassin de l’Eure ou en revenant stationneront en toute sécurité. Ce bassin fluvial, long de 500 mètres, large de 60, pourra recevoir à la fois 24 chalands du type rouennais, ancrés le long de ses quais ; ces chalands n’ont pas une longueur de plus de 40 mètres.

Les dépenses auxquelles donnera lieu l’exécution de tous les travaux dont il vient d’être parlé sont évaluées à 21 millions de francs. La somme est élevée, mais le débours est pleinement justifié par la grandeur du résultat à obtenir. La chambre de commerce du Havre a offert d’y contribuer pour une part de 4 millions. Ce canal achevé, Le Havre pourra communiquer aisément et économiquement avec tout l’intérieur de la France. Pour rejoindre les frontières, de l’est, il n’a que la Seine et une seule ligne de chemin de fer. Le trafic fluvial, depuis nombre d’années, malgré l’accroissement qu’a pris le port du Havre, ne s’est pas développé et oscille autour du chiffre assez modeste de 150,000 tonnes par an. Le rival direct du Havre, Anvers, est desservi par de nombreuses lignes de voies ferrées et de canaux qui relient ce port à la Meuse et au Rhin. Aussi, depuis vingt ans, le tonnage utile des navires entrés dans le port d’Anvers a-t-il quintuplé et est-il passé de 500,000 tonneaux, que ce port atteignait en 1857, à 2,500,000 tonneaux, chiffre