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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/726

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inutile pour revenir à tout ce qu’on peut débattre sans danger et sans embarras.

Les questions sérieuses, positives, ne manquent certes pas dans l’administration, dans les finances, dans les entreprises d’utilité nationale. Le ministère d’ailleurs, depuis qu’il existe, n’est point resté inactif. M. le président du conseil retrouvait, il y a peu de jours, toute sa vigueur de raison et de parole pour défendre, avec autant de mesure que d’autorité, et la politique nouvelle et la loi qui a pour objet d’effacer cette immensité de condamnations prononcées depuis le 16 mai. M. de Marcère, après ses remaniemens de personnel, adressait récemment aux préfets une circulaire judicieuse et libérale sur les rapports de l’administration supérieure avec les administrations municipales, et M. le ministre des travaux publics, à son tour, a voulu signaler son avènement au pouvoir par un programme presque trop vaste, qui n’a que le défaut de disposer avec quelque hardiesse de l’avenir et d’avoir grand besoin du concours de M. le ministre des finances. M. de Freycinet est un ingénieur distingué, et son projet a certainement de la grandeur. Il ne s’agit de rien moins que d’une extension considérable ou, pour mieux dire, du complément de notre réseau de chemins de fer et de nos voies navigables. M. de Freycinet du reste procède en homme pratique. Dans deux rapports soumis à M. le président de la république et approuvés, il a exposé son plan tout entier, divisant en trois classes les lignes qu’il propose d’achever, de concéder ou de racheter. C’est là en trois mots l’économie de ce plan ingénieux, qui ne fait après tout que coordonner un ensemble de travaux déjà en grande partie décrétés. Il y a un certain nombre de lignes qui doivent être exécutées par les grandes compagnies ; il y a des lignes d’intérêt secondaire achevées ou concédées que l’état rachèterait à des compagnies qui ont fait de pauvres affaires ; il y a d’autres lignes d’intérêt local. C’est un ensemble de plus de 16,000 kilomètres sur lesquels il n’y a guère que 5,000 kilomètres nouveaux.

Le programme est vaste, disons-nous, l’exécution représente nécessairement beaucoup d’argent, et c’est là peut-être ce qui a éveillé aussitôt une certaine surprise ou une certaine inquiétude. Il ne faut cependant rien exagérer. Parce que M. le ministre des travaux publics propose d’acquérir au nom de l’état un certain nombre de lignes, on a cru que c’était un premier pas dans la voie du rachat des chemins de fer, et il n’en est rien. Parce que M. de Freycinet, pour l’exécution des travaux qu’il propose, est obligé de remuer du bout de la plume 3 ou 4 milliards, on s’est un peu ému ; mais de ces sommes grandioses une partie est à la charge des compagnies ou a été déjà l’objet d’allocations budgétaires, et ces dépenses doivent être réparties sur dix années. Évidemment il faudra de toute façon recourir à quelque combinaison