Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/723

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


encore plus de cent élections à vérifier ! Quand aurait-on fini et à quel chiffre s’élèvera le nombre des victimes ? où est la limite ? où est la règle qui préside à cette révision des scrutins ? La question est délicate sans doute. Il y a des abus crians qu’on ne peut laisser impunis ; il y a eu dans la manière dont s’est déployée la candidature officielle avant le 14 octobre une sorte de forfanterie qui ressemble à un défi. Il n’est pas moins vrai que, faute d’une mesure suffisante, la chambre se trouve entraînée dans des débats sans issue où elle est incessamment placée entre des excès de pouvoir et des aveux d’impuissance. M. Gambetta, avec cette exagération de langage dont il ne peut se défaire, parlait ces jours derniers dans un banquet à Belleville « d’instruire le procès des ennemis du suffrage universel ; » il faisait de la vérification des titres parlementaires tantôt un enseignement, un moyen d’éducation politique pour le peuple, tantôt un acte de justice supérieure. S’il en est ainsi, que ne se décidait-on tout de suite à proscrire tout ce qui était marqué du sceau de la candidature officielle, de l’affiche blanche ? C’eût été sommairement violent, mais logique. Dès qu’on a reculé et justement reculé devant un procédé qui eût passé pour révolutionnaire, la chambre est rentrée dans ce que nous appellerons le droit commun, la tradition parlementaire, et sur ce terrain la pire des choses est de reprendre en détail la guerre d’un parti victorieux, d’une majorité contre une minorité, contre la candidature officielle vaincue. Si la candidature officielle est une raison d’invalidation, pourquoi a-t-on admis des députés patronnés par le gouvernement ? Si elle ne suffit pas pour frapper de nullité un scrutin, pourquoi est-ce la cause presque unique de certaines invalidations ?

Évidemment on se perd dans ces débats passionnés, souvent confus et puérils. On va ramasser dans un arrondissement toutes les minuties de localité, les violences de journaux, les petites manœuvres qui ne manquent jamais, les conversations pour ne pas dire les commérages, et on fait des monumens qui s’appellent des rapports, à la suite desquels s’ouvrent nécessairement des discussions sans fin. On se laisse aller à de véritables confusions d’idées, au plus singulier arbitraire d’appréciation. Quel est par exemple le nombre de suffrages que le patronage du gouvernement est susceptible de déplacer ? Voilà un problème que les plus habiles calculateurs résoudront, s’ils le peuvent. Si un candidat n’a eu que quelques voix de majorité, il ne peut manifestement avoir été élu que par l’appui officiel ! S’il a eu 2,000 et 3,000 voix, raison de plus, c’est la preuve éclatante de l’excès de la pression administrative ! Les uns sont invalidés parce qu’ils n’ont qu’une petite majorité, les autres succombent sous le poids de leur grosse majorité, Et ce n’est pas tout : pendant que la chambre invalide ou valide tour à tour, il y a une commission supérieure d’enquête parlementaire qui