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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/673

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retraite ont plus rarement mérité d’être notées par l’histoire. Ils ont l’esprit guerrier qui a pour point de départ et pour excitant permanent la légende dont l’imagination publique est remplie ; ils n’ont pas l’esprit militaire qui procède exclusivement des institutions dont l’éducation nationale devrait être et n’est pas en France l’un des élémens essentiels.

Supposons un instant qu’après les cruelles angoisses de la guerre extérieure et de la guerre civile, quand le pays était dans cet état moral que je définis ainsi : « prêt à entendre toutes les vérités et à consentir tous les sacrifices, » les hommes d’état et les hommes de guerre, élevant et élargissant leurs vues, lui eussent dit : « Nous ne voulons pas nous borner à la réorganisation de l’armée, pour laquelle l’opinion mal informée se passionne exclusivement, comme si l’effort pour le salut commun que va faire la nation ne consistait que dans la réforme des organes de la machine militaire ; il est bien plus étendu, car le moteur n’est pas moins insuffisant que le mécanisme, et il s’agit de réformer l’un et l’autre, entreprise qui ne peut réussir que par l’association des forces de l’état et des forces du pays. » En défendant énergiquement et en développant devant l’assemblée nationale, en vulgarisant par conséquent dans le pays ce thème préparatoire à l’établissement des institutions militaires, le gouvernement rendait à la France un service considérable. Il portait sur son véritable terrain la discussion d’un de ses plus chers et plus pressans intérêts, remplissant ce grand devoir que j’appelle « l’éducation de la nation par les pouvoirs publics. » Et puis il abordait la première partie de son œuvre, dont j’exposerai brièvement le programme avec le ferme espoir qu’un prochain avenir le réalisera.

Le département de la guerre, de concert avec le département de l’instruction publique, rédige et soumet à l’approbation du gouvernement « un catéchisme militaire, » — que ce mot de catéchisme n’effraie personne, il désigne un petit livre qui ne peut être ni clérical, ni laïque, mais qui sera expressément obligatoire, car il est fait pour tous les enfans du pays ; — « par demande et par réponse, il leur apprend ce que c’est que la patrie ; il dit quel immense intérêt s’attache à sa défense, qui comprend la défense des foyers de toutes les familles françaises ; pourquoi tous les Français ont le devoir des armes, comment il faut qu’il soit entendu, comment il faut qu’il soit rempli, et quels travaux, quelles épreuves, quels sacrifices en accompagnent l’accomplissement. Le livre dit encore que le caractère particulier, le haut mérite et l’honneur de ces travaux, de ces épreuves et de ces sacrifices, c’est la gratuité ; que la récompense de ceux qui ont succombé pour le pays, c’est Dieu qui la donne ; que la récompense de ceux qui ont survécu, c’est