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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/672

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C’est devant lui que tous nous devons nous incliner, comme devant le plus grand des chefs militaires et le dernier des professeurs de guerre qu’ait eus l’armée française contemporaine.


IV. — COMMENT SE FONDENT LES INSTITUTIONS MILITAIRES PAR LES MOEURS PUBLIQUES.

Les anciens et les modernes ont longuement et pertinemment disserté sur les institutions militaires. Je ne me propose pas d’ajouter aux traités qui existent sur la matière un nouveau traité. J’en abandonne toute la partie théorique pour me renfermer, entre cent questions, dans la discussion spéciale d’une seule : Quel est, parmi les divers systèmes d’institutions militaires que la France contemporaine pourrait adopter, celui qui répondrait le mieux à son tempérament particulier, à ses besoins, et contribuerait, le plus efficacement à relever sa fortune ?

Mes vues sur la solution de ce problème, d’un si haut et si général intérêt qu’elle contient la solution de tous les autres problèmes du même ordre, sont anciennes et convaincues. A la question posée ci-dessus, elles répondent sans hésitation : Les institutions militaires qui réaliseront cet avenir, et les seules qui le réaliseront, sont celles qui pénétreront les générations françaises, en commençant par les plus jeunes, de l’esprit militaire succédant à l’esprit guerrier.

Ainsi, principe nouveau réformant l’ancien, éducation nouvelle (pour l’enfance et pour la jeunesse) basée sur cette réforme, voilà, selon moi, les moyens de faire revivre notre puissance militaire par l’enseignement dans les écoles françaises de la vérité substituée à la fiction. J’exprime clairement par là qu’à mes yeux l’esprit militaire, c’est la vérité avec tous ses effets de certitude, de solidité et de durée, que l’esprit guerrier, c’est la fiction avec tous ses effets d’inconsistance, de mirages trompeurs et d’inévitables déceptions.

Veut-on une définition moins philosophique et plus spécialement militaire ? Je dirai que dans ma pensée l’esprit militaire et l’esprit guerrier peuvent l’un et l’autre conduire les nations et leurs armées à la victoire ; que l’esprit militaire seul peut soutenir les nations dans les revers, leurs armées dans les retraites après les batailles perdues et rendre à celles-ci et à celles-là le ressort moral et les moyens qui préparent la revanche. Je ne crois pas faire tort à mon pays et à ses armées en leur rappelant que, si dans le succès et dans l’effort offensif ils ont souvent brillé du plus vif éclat, leur constance et leur ténacité dans l’insuccès et dans l’effort en