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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/648

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étrangeté. Cela est d’une candeur épicée, d’une pureté montante, d’une chasteté relevée, tout à fait singulières ; une soupe au lait poudrée de poivre, une crème pimentée. L’entreprise était des plus délicates, elle a été exécutée avec un bonheur qui fait de cette petite nouvelle une chose tout à fait à part, sans analogie avec aucune autre œuvre connue de nous.

On a depuis longtemps remarqué que nos qualités et nos défauts dominans allaient en se débarrassant toujours davantage du voisinage de nos qualités et de nos défauts secondaires à mesure que nous avancions vers la vieillesse, jusqu’à ce qu’enfin ils restassent maîtres de l’âme entière. Ainsi en est-il chez Stahl du moraliste, qui est tellement l’homme même, qu’usurpant toujours sur les autres talens de l’auteur il a fini par confisquer à son profit le conteur et le romancier, l’homme d’esprit et l’humoriste. Autrefois il ne présentait sa morale qu’enveloppée et dissimulée dans des nouvelles et des romans, maintenant, sans renoncer à cette manière, il préfère une application plus directe et allant à son but par un chemin plus court. C’est qu’aussi il a changé de public en changeant d’âge ; jeune, il moralisait pour les jeunes gens, dans sa maturité il moralisait pour les amans et les époux, aujourd’hui il moralise pour les enfans. Depuis longues années déjà, il est l’éditeur en même temps que l’un des collaborateurs principaux de l’un des meilleurs recueils que l’on ait jamais entrepris chez nous à l’usage de l’enfance et de la première jeunesse, le Magasin d’éducation et de récréation. Parler de ce recueil comme il conviendrait nous mènerait plus loin que nous ne voulons aller aujourd’hui, car nombre d’œuvres qui sont parmi les plus appréciées de ces dernières années en sont sorties, le joli récit de la Roche aux mouettes de Jules Sandeau, une bonne partie de ce Livre des pères où Victor de Laprade a présenté une transformation si intime et si touchante de son talent élevé, et l’œuvre entière si amusante de Jules Verne qui demanderait à elle seule une étude à part. Pour aujourd’hui, nous n’avons à nous occuper de ce recueil que pour la partie qui en revient à Stahl, deux volumes qui ont été distingués par l’Académie française, et qui méritaient cet honneur, Morale familière et les Histoires de mon parrain.

Dans ces deux volumes, Stahl a su atteindre le but difficile de tout livre d’éducation d’une manière à la fois adroite et ferme, en répondant au goût du petit public auquel il s’adresse, sans faire aucune concession aux caprices de sa nature. On ne peut instruire les enfans qu’en les amusant ; aussi presque invariablement ceux qui entreprennent cette délicate besogne viennent-ils se heurter contre l’un de ces écueils, ou trop les instruire, ou trop les amuser. Si on