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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/638

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des époux assortis dans les liens du mariage, et que l’union d’un géant et d’une naine, ou d’une buse et d’un colibri, ne saurait avoir des résultats heureux, bien que ces résultats ne soient pas toujours connus ni faits pour l’être ? La leçon, vous le voyez, est directe, simple, élémentaire, oserai-je dire ; mais le talent de l’auteur consiste à la ménager de telle sorte qu’on ne l’aperçoive qu’au terme du récit comme un paysage dont on ne découvre l’ensemble qu’au bout d’une promenade. Que de charmans méandres pour y arriver, que d’aimables circuits, que de points de vue variés et de frais ruisseaux jaseurs tout le long de la route ? Stahl a véritablement inventé l’art d’enseigner la morale par l’école buissonnière, art ingénieux et qui ne saurait manquer son but, car quel est l’écolier, je le demande, qui refuserait de se rendre auprès du précepteur par le chemin du petit Chaperon-Rouge ?

C’est que chez Stahl le moraliste est doublé d’un humoriste, et que l’humour est un don plein de propriétés merveilleuses. Que de miracles ne sait-il pas opérer ! il rehausse la saveur des vérités simples, adoucit l’amertume des vérités sévères, rajeunit les lieux communs les plus rebattus, brode de dessins fantasques le vase qui contient la déplaisante médecine, donne à la brusquerie le charme de l’imprévu, échauffe de cordialité l’ironie cruelle, et met dans les larmes une volupté plus douce que celle du plaisir. Sans doute tous ces miracles il ne les accomplît pas également bien chez Stahl, mais c’est assez qu’il en accomplisse quelques-uns en toute perfection pour que notre auteur ait droit de prendre rang dans cette tribu d’écrivains qui plus que tous autres ont des titres à la reconnaissance du lecteur, étant de tous ceux qui savent le moins l’ennuyer. Stahl, avons-nous dit, est moraliste par nature, mais son humour est d’essence moins simple : la nature y est pour une partie, et l’étude y aide et y complète la nature. Dissous par l’analyse critique, on trouve que cet humour se compose par doses à peu près égales de fantaisie à la Sterne, de sentimentalité germai nique, et d’un esprit très particulièrement parisien, le plus exclusivement parisien même qui se puisse imaginer, celui des boulevards, des ateliers d’artistes, des bureaux de journaux. Voilà bien des complications, mais le résultat en est sans discordance aucune, tant l’assimilation opérée à la fois par le travail et la vie a réussi à fendre les élémens donnés, par l’étude avec les élémens donnés par la nature. A plus d’un endroit, on distingue des marques d’influence et des indices de souvenirs que l’on appellera, si l’on veut, imitations, mais l’imitation est parfaitement légitime quand elle est faite avec franchise et naturel, et qu’elle rivalise avec le modèle choisi sans gaucherie ni imperfection. Il est évident par exemple que tes premiers chapitres de l’Histoire d’un prince et d’une princesse