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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/637

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être tout bonnement malheureux comme toute créature sensée doit consentir à l’être ? Tout cela est bien dit, encore mieux pensé, et trouve son application aussi directe aujourd’hui qu’il y a trente ans.

Toute morale suppose une philosophie générale d’où elle découle, la philosophie de Stahl est de même nature que sa morale. Stahl, je l’ai dit déjà, n’est pas un homme de cette génération. Au temps de sa jeunesse, l’athéisme, aujourd’hui de mode, ne jouissait d’aucune faveur, et le panthéisme nouvellement importé d’outre-Rhin rencontrait plus d’étonnement que d’enthousiasme, et plus d’admirateurs que d’adeptes ; mais ces doctrines, eussent-elles obtenu plus de vogue, n’auraient pas conquis encore le cœur de notre moraliste. Sa nature aimante et sensible n’aurait pu, je le crois, accepter comme vérité une doctrine qui serait une terreur pour l’intelligence ou un cauchemar pour l’âme ; il lui fallait une vérité moins ennemie de nos illusions, plus compatissante à nos faiblesses, mieux faite à l’image de nos bons instincts, et cette vérité il la trouvait dans ce que le mouvement du siècle avait encore épargné des croyances traditionnelles du genre humain : Dieu, la responsabilité morale, l’immortalité. Une dose très prononcée de déisme, tendrement dissoute dans les flots abondans d’une sentimentalité bienveillante, voilà la philosophie de Stahl. Un malin dirait que c’est la philosophie des bonnes et simples gens qui, s’étant piqués de devenir esprits forts, reviennent comme d’instinct à la foi du charbonnier qu’ils ont quittée la veille ; mais nous qui ne sommes pas malin, nous féliciterons au contraire notre auteur de s’en être tenu à ces antiques doctrines qui ont consolé tant de douleurs, n’en ont jamais créé aucune, et sont d’ailleurs en si parfait accord avec cette morale commune à tous, qui est celle que prêchent et recommandent ses écrits.

En 1848, Stahl, très jeune encore, ayant eu quelque part à la politique de cette époque, s’écarta quelque temps de la littérature ; mais cette éclipse dura juste autant que la république de février, et entre les années 1850 et 1858 il publia diverses nouvelles humoristiques dont cette morale à l’usage de tous que- nous avons essayé de décrire forme invariablement le fond. Que prouve le Voyage d’un étudiant, amusante leçon de morale matrimoniale écrite à l’usage de la première jeunesse par un homme de la seconde, sinon que la compagnie des demoiselles bien élevées et issues de parens honnêtes gens est plus saine pour la jeunesse que la compagnie des demoiselles Fleurette, et qu’il n’est permis de se crotter qu’autant que la crotte ne fera pas tache, qu’il suffira d’un seul et rapide coup de brosse pour en faire disparaître tout vestige, et qu’on s’y prendra à la bonne heure pour cette opération de toilette ? Que prouve l’Histoire d’un prince et d’une princesse, sinon qu’il faut