Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/596

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


5 février 1817. Il traçait ce tableau d’un trait rapide, et ferme, en homme qui pouvait se tromper et avoir lui aussi ses illusions, mais qui cherchait certainement avec une sincérité ardente le moyen d’obtenir ce qu’il appelait « un large et vigoureux système de représentation. »

Et, chemin faisant, il relevait les objections, les contradictions, les récriminations de ses adversaires. A ceux qui voyaient déjà la France nouvelle ramenée à l’ancien régime, il répliquait avec fierté et sans craindre de réveiller des souvenirs importuns pour la droite : « S’agit-il des intérêts nouveaux ? Avant l’ordonnance du 5 septembre, le gouvernement du roi les a crus menacés, et il est accouru à leur défense. Depuis le 5 septembre, le ministère, pressé d’une foule d’autres difficultés, n’en a pas moins multiplié autour de ces intérêts nouveaux tous les gages, toutes les garanties qu’ils pouvaient désirer. Quant à nous, quels que soient ceux qui se portent aujourd’hui défenseurs de ces intérêts, nous pouvons leur dire : Quoi que vous ayez fait pour eux, vous n’avez pas fait plus que nous. » Et c’était vrai. A ceux qui accusaient le gouvernement de subir le joug d’un parti, il répondait avec hauteur que le gouvernement avait la prétention de n’être asservi à aucun parti, qu’il entendait gouverner avec indépendance, « dans les bornes de la modération et de la justice, » sans partialité et sans exclusion, et il prononçait ces mots à l’adresse de tous les partis exclusifs : « On commence par exclure et l’on finit toujours par proscrire. » Enfin à ceux qui traitaient comme un misérable expédient le dernier projet électoral du ministère, il rappelait, non sans amertume, que leur opposition avait rendu impossible un système plus large, — qu’il regrettait, quant à lui, qu’il essayait de faire revivre par son langage. Vives répliques, traits saisissans, démonstrations animées, tout s’enchaînait dans ce discours avec une ardente logique. Le rejet de l’amendement de Camille Jordan était comme le premier gage d’une victoire encore incertaine et sûrement chère à conquérir.

Un moment, au milieu de ces débats qui ne faisaient que s’enflammer en se prolongeant, où la raison avait moins de place que les passions, une péripétie singuliers éclatait ; l’idée d’une transaction reparaissait à l’improviste. Un membre du centre gauche, un ami de Royer-Collard, M. Courvoisier, reprenait le premier projet de De Serre, et, avec l’augmentation du nombre des députés, avec le renouvellement intégral, il proposait les deux collèges tels que le garde des sceaux, les avait d’abord conçus. M. Courvoisier et ses amis cherchaient visiblement une conciliation. Les négociations intimes, qui ne cessaient pas, avaient sans doute préparé ce coup de