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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/497

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qui nous frappe en effet c’est la ressemblance avec la Vierge de Saint-Sixte à Dresde. Il va sans dire cependant que ce portrait n’est qu’un portrait-nature, tandis que ; la tête de la Vierge est une création idéale. Il est incontestable toutefois que Raphaël a pris son modèle de madone dans la figure de cette belle Romaine du palais Pitti, tournée à gauche et vue de trois quarts. Les cheveux séparés sur le front et ramenés derrière les oreilles dégagent entièrement l’ovale harmonieux du visage, un regard brûlant jaillit des yeux noirs ; le nez plutôt court que fin, les lèvres sont animées d’un gracieux sourire, le teint est pâle, un collier de pierres noires taillées entoure le cou, une chemise blanche à petits plis couvre la gorge et dépasse le corsage garni de tresses d’or ; une large manche en étoffe de damas blanchâtre enveloppe son bras gauche, celui de droite se dérobe dans un voile attaché derrière la tête et tombant des deux côtés ; la main droite est posée sur la poitrine, et l’on ne voit qu’une partie de la main gauche ; le fond est gris. « Ce portrait, d’un caractère vraiment romain, est plein de charme ; l’exécution cependant n’est pas irréprochable, nous avons déjà remarqué qu’il avait quelque ressemblance avec celui du palais Barberini à Rome, en se figurant que la maîtresse de Raphaël y est représentée plus jeune ; pourtant il faut nous avouer que cette ressemblance n’est pas frappante et qu’on pourrait bien n’y trouver qu’une certaine analogie de conformation dans les traits en général. » Enfin dans son troisième volume Passavant nous parle d’une gravure de Marc-Antoine exécutée d’après un dessin de Raphaël et nous le montrant, lui, sa maîtresse et son serviteur. Cette fois le portrait déjà mentionné du palais Pitti reparaît tout à son avantage, et c’est de toute assurance qu’on nous le donne comme la maîtresse de Raphaël arrivée à la maturité de l’âge, et dans son texte accompagnant l’Album de Raphaël M. Stahr, adoptant et consacrant le nouveau mythe, raconte que jusqu’à ses derniers momens Raphaël resta fidèle à sa maîtresse, celle-là même à qui les sonnets sont adressés, que nous avons vue jeune au palais Barberini, plus âgée au palais Pitti et qui se nommait Marguerite. « Il voulut de son lit de mort pourvoir à l’avenir d’une personne qui toujours avait vécu sous son toit ; et pas un contemporain n’avance qu’un seul de ses amis ou de ses protecteurs les plus illustres ait jamais pris ombrage de cette liaison avec une belle et bonne créature qui, ne pouvant à cause de sa naissance et de son peu d’éducation devenir sa femme, se contenta d’être pour lui jusqu’à la fin l’amie la plus tendre et la plus fidèle, la plus dévouée des servantes. »

Tout ceci n’en laisse pas moins subsister bien des doutes. J’admets l’authenticité du Raphaël du palais Pitti, de même que la