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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/470

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 janvier 1878.

Tout se hâte dans ce siècle affairé et déclinant. La figure du monde change, ceux qui ont été les grands acteurs de la scène publique s’en vont, et s’il est certes une image expressive de la rapidité avec laquelle tout se renouvelle, c’est la disparition soudaine de ce souverain populaire entre tous, qui vient de s’éteindre à Rome, au Quirinal. Le premier roi d’Italie, Victor-Emmanuel II, a cessé de vivre à l’improviste, prématurément. Il n’a pas été, lui, vaincu par l’âge : la veille encore il était plein de santé et de force, il portait vertement ses cinquante-huit ans et le poids d’un règne laborieux ; le lendemain il était terrassé par le mal, il a été enlevé en quelques jours, on pourrait dire en quelques heures. Il disparaît à son tour comme a disparu il y a des années Cavour, son grand conseiller politique, comme disparaissait il y a une semaine, à Florence, le fidèle Alphonse de La Marmora, son compagnon de guerre, comme s’en sont allés déjà beaucoup de ceux qui sont entrés avec lui dans la carrière ; mais avec tous ces hommes qui ont partagé ses épreuves, qui ont été pour lui des ministres, des lieutenans ou des amis, il a le bonheur de laisser une œuvre achevée. Victor-Emmanuel meurt en possession paisible de la couronne qu’il a conquise, qu’il peut transmettre sans trouble, au sein d’une nation qu’il a élevée à l’indépendance, et, par un dernier privilège de cette destinée royale, une telle mort n’est pas seulement un deuil national pour l’Italie, elle est ressentie en France comme au-delà des Alpes, elle a excité partout l’émotion ; elle est un événement européen de plus dans un moment où tant de questions obscures s’agitent, où tous les regards se tournent plus que jamais vers cet Orient ensanglanté d’où peuvent venir les orages.

Les rois et les peuples ont leur destin. Lorsque Victor-Emmanuel naissait en 1820 de celui qui s’appelait encore Carignan et d’une