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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/454

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par des alliances étrangères, soient la descendance des lépreux proprement dits, tandis que cette bonne santé n’a plus rien d’étonnant, si leurs ancêtres n’étaient que des ladres blancs, ou même de faux ladres, car on pouvait s’y tromper. L’éléphantiasis affligea surtout nos provinces de l’ouest, l’Aquitaine, la Bretagne, et y dura le plus longtemps ; quand elle commença à décroître, c’est aux mêmes lieux que sévit plus particulièrement la lèpre blanche qui la remplaçait et qui, beaucoup moins grave, devait s’user à son tour. Sans doute le peuple des campagnes finit par ne plus s’inquiéter des vraies causes qui avaient motivé la séparation des parias et ne craindre plus aucune espèce de contagion ; il oublia même le sens exact, de leurs noms ; mais la routine était toujours là, plus forte que l’évidence, plus puissante que la loi, et il aura fallu attendre jusqu’à nos jours pour que le dernier mot restât enfin au bon sens, à la justice et à la charité.

Voilà donc ce qui fait la découverte de M. de Rochas et l’originalité de son système. D’autres avaient dit déjà que les cagots étaient des lépreux, lui seul l’a su prouver, non sans distinguer toutefois entre les vrais ladres et les cagots de l’ère moderne, bien moins gravement atteints. Son livre se termine par une curieuse étude sur les bohémiens. Bien des fois, tandis qu’il parcourait les Pyrénées, trompé par de fausses indications, il était allé donner de confiance sur un groupe de crétins, ou même de bohémiens qu’on confond souvent dans le pays avec les cagots. Il a été ainsi amené tout naturellement à s’occuper de cette nouvelle catégorie de parias. Quelque intérêt qui s’attache à un tel sujet, nous n’avons pas à le suivre aussi loin : en effet, de bohémien à cagot, à part quelques rapports apparens de situation, comme l’auteur le dit lui-même, il n’y a rien de commun ; les bohémiens constituent vraiment une race à part, les cagots ne représentent qu’une caste dans la population indigène, et, il tandis que les premiers, étrangers par la langue et les mœurs, mis au ban de la société pour leurs méfaits, en furent et en sont restés jusqu’à un certain point les ennemis, les autres au contraire, tenus à l’écart par une mesure d’hygiène d’abord, par le préjugé ensuite, ont repris leur place au milieu de leurs compatriotes dont ils n’avaient jamais été que les victimes. »


L. LOUIS-LANDE.