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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/453

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observations personnelles, recueillies sur des sujets atteints à des degrés divers d’une même affection, permettent d’y reconnaître toutes les formes de capoterie, depuis la plus légère, celle qui n’affecte que la couleur de la peau et des cheveux, telle que l’a décrite Laurent Joubert, jusqu’à celle dont parlait plus anciennement Guy de Chauliac et que les ordonnances royales ont appelée « une très horrible et griève maladie. » En effet, ils ont les cheveux et la barbe d’un blond de lin, le fond de l’œil bleu et non pas rouge comme les autres albinos, la peau de couleur blafarde, l’épiderme rugueux, plus ou moins écailleux. Chez tous, on remarque une prédominance excessive du système lymphatique qui se révèle par des diffusions séreuses, des engorgemens ganglionnaires et le relâchement général des tissus ; en même temps, leur corps répand une odeur nauséabonde, d’où cet autre nom de kakerlaks, qui d’ordinaire en hollandais désigne un insecte bien connu sur les navires, et dont nous avons fait nous-mêmes cancrelats.

Ces explications n’étaient pas inutiles pour bien comprendre comment les cagots ont pu être enveloppés dans la réprobation générale avec les purs lépreux, comment d’autre part ils étaient encore capables, malgré leur mal, d’entreprendre des travaux manuels et d’exercer certaines industries. Il n’est pas douteux qu’au début cacous, gafets ou chrestians ne fussent de tout point assimilés aux éléphantiasiques ; mais à partir de la seconde moitié du XIVe siècle, quand l’éléphantiasis disparaît à peu près de notre pays, les individus ainsi désignés cessent d’être des lépreux confirmés et deviennent simplement des suspects ou des ladres blancs, soit en raison de leur généalogie, soit pour des symptômes équivoques, comme disaient les médecins. Ainsi s’explique-t-on que, dans le recensement de 1385, les chrestiaas, quoique forcés de vivre dans des maisons isolées et de ne point se mêler aux personnes saines, se distinguent pourtant des vrais lépreux, qui eux étaient absolument séquestrés dans les trois maladreries que possédait alors le Béarn. Cagots et ladres pouvaient bien passer pour cousins, mais n’étaient plus confondus. En conséquence, dès 1552, les premiers perdent le privilège d’être exempts de taille pour leurs nouvelles acquisitions, tout en restant indemnes pour les anciennes ; de même le parlement de Bordeaux en 1578 constate une différence bien tranchée entre les lépreux et les gahets, puisqu’il leur rappelle de porter chacun « la marque qu’ils ont accoutumé de tout temps, savoir : auxdits lépreux les cliquettes, et aux gahets un signal rouge sur la poitrine. » Enfin il nous répugnerait d’admettre que les cagots d’aujourd’hui, tels que nous les connaissons, c’est-à-dire sains et bien portans, sans avoir pu renouveler leur sang