Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/452

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grosseur variables qui s’ulcèrent fatalement ; le visage en est couvert ; la voix devient rauque et nasillarde, les yeux sont rouges, enflammés, saillans ; les oreilles, rongées d’ulcères vers la base, sont environnées de glandes ; le nez s’aplatit en raison de la destruction du cartilage, la langue est sèche, noire, tuméfiée et semée de petits grains blancs ; la peau inégale, dure et insensible ; le sang s’altère jusqu’à n’être plus qu’un liquide sanieux ; enfin, au dernier degré de la maladie, par suite de la carie des os, le nez, les doigts des pieds et des mains et même des portions de membres se détachent successivement. En d’autres cas, les tubercules sont remplacés par une éruption de vésicules sous lesquelles se forment les ulcères ; l’anesthésie et les paralysies en sont la conséquence ; les doigts se recourbent en forme de griffes.

La leucé attaque moins profondément l’organisme, et c’est elle que les médecins du moyen âge attribuent particulièrement aux caquots, capots et cagots, qu’ils appellent de son nom ladres blancs. Les caractères principaux en sont, suivant Guy de Chauliac, vieil auteur du XIVe siècle : « une certaine couleur vilaine qui saute aux yeux, la morphée ou teinte blafarde de la peau, etc. » Donc la lèpre blanche, en tant que gravité, formait comme le trait d’union entre l’éléphantiasis et la lèpre vulgaire d’Hippocrate, qui n’est autre qu’une simple dartre. Elle-même n’a pas tardé à se modifier, puisque deux siècles plus tard, Guillaume Bouchet, le joyeux auteur des Sérées, Ambroise Paré, le grand médecin, Laurent Joubert, le commentateur de Galien, déclarent que les ladres blancs ne sont guère malades qu’à l’intérieur et se reconnaissent seulement à quelques signes équivoques tels que la chaleur étrange du corps et sa couleur uniformément blanche et presque de neige, l’aspect lisse et poli de la peau, la bouffissure de la face, etc. Ainsi décrite, la leucé a des rapports frappans avec ce que nous appelons aujourd’hui albinisme. Et de fait ce mot n’est que l’équivalent latin du grec leucé et du français lèpre blanche. D’autre part, la science admet avec Isidore Geoffroy Saint-Hilaire deux sortes d’albinisme, l’un dépendant d’une maladie, ce qui serait le cas ici, l’autre constituant une véritable anomalie et qui s’explique par l’arrêt de développement de la substance colorante de la peau. Disparue de notre continent, plus complètement encore que l’éléphantiasis, la lèpre blanche se retrouve fréquemment sous les tropiques, dans l’Inde et dans les îles de l’Océanie, où les voyageurs l’ont plusieurs fois signalée et où les individus qui en sont atteints portent le nom d’albinos et de kakerlaks. M. de Rochas, qui avait eu déjà l’occasion d’étudier la vraie lèpre chez les nègres de l’Amérique du Sud, a pu également voir de près les albinos de l’Océanie. Or ses