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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/445

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chrestiaa, chrestian, chrestien, ne serait lui-même qu’un euphémisme charitable pour désigner les lépreux, à la façon de frère malau, frère malade, et mieux encore de ladre, forme abrégée de Lazare ; les lépreux étaient appelés pauperes Christi, pauperes sancti Lazari, en langue vulgaire, les pauvres du Christ, les pauvres de saint Ladre ; si peu à peu on en est venu à dire simplement les ladres, rien n’empêche que chrestian ou chrestien ne soit également une abréviation de l’autre formule, les pauvres du Christ ; nul doute d’ailleurs que le mot de christiannerie n’ait servi à désigner les hospices ou communautés de lépreux, conjointement à ceux de maladrerie et de mézellerie, de l’ancien français mézel, lépreux. Quant à l’étymologie de cagot, il suffit pour l’expliquer de rapprocher ce mot du vieux breton kakod, qui signifie ladre ; kakod a donné successivement cacous en breton moderne, cacosi en latin, caqueux et cagous en français ; de là, aux termes de caquots, caguotz et cagots, également usités, il n’y a que la différence d’une lettre ou deux. Sans doute, pour échapper au soupçon d’hérésie, peut-être aussi parce qu’ils dépendaient plus directement du clergé, ou même par désir sincère des consolations de la foi, les cagots se seront un temps montrés plus assidus que personne aux cérémonies de l’église, mais la tentative a tourné contre eux, et depuis lors leur nom a pris une signification nouvelle, sinon plus flatteuse. En Bretagne, les asiles des caqueux s’appelaient tantôt caquineries ou maladreries, tantôt encore madeleines, et cela aussi s’explique sans peine. En effet, selon dom Calmet, l’illustre bénédictin, les léproseries étaient placées sous l’invocation de saint Lazare et de ses deux sœurs, sainte Marthe et sainte Madeleine ; il est plus que probable qu’une confusion s’est faite entre les deux Lazare dont parlent les livres saints : l’un, le lépreux de la parabole qui vivait des miettes de la table du riche et qui fut reçu après sa mort sur le sein d’Abraham ; l’autre, le frère de Marthe et de Madeleine, que ressuscita Jésus, mais dont nul ne dit qu’il mourut de la lèpre ; cette confusion aura valu à la famille de Béthanie l’honneur de se partager le patronage des lépreux. Deux mots pourtant, cassot et capot, ne sauraient, malgré l’assonance, se rattacher au radical kakod : cassot, que l’on trouve quelquefois, se disait en basse latinité cassatus, du verbe cassare, séparer : les cassots étaient les séparés du monde ; capot au contraire rappellerait la casaque à capuchon obligatoire pour les lépreux et dont le nom par extension aura passé à ceux qui le portaient.

Si maintenant nous examinons les divers reproches que le préjugé populaire adressait aux cagots, nous verrons que tous, à divers titres, partaient de la croyance universelle en leur état d’infection. Outre l’odeur du corps et de l’haleine, cette fameuse