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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/395

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liberté des échanges, il fut le défenseur persévérant de la liberté religieuse. Il avait toujours recherché le commerce des ecclésiastiques indépendans qui n’étaient pas asservis à la tradition ; et il s’était attaché en qualité de bibliothécaire le célèbre pasteur unitaire Priestley, qui s’est acquis une renommée universelle par la découverte qu’il fit de l’oxygène, précisément pendant son séjour à Bowood. Priestley aimait à raconter combien il avait étonné et confondu les encyclopédistes français en leur proposant en sa personne cette énigme, qui les déroutait, d’une intelligence émancipée, d’une science sérieuse qui ne s’associait pas à leurs protestations bruyantes d’athéisme. Du reste il faisait remarquer que ces grands pourfendeurs du christianisme, lorsqu’il les pressait de questions, laissaient apercevoir une ignorance complète sur ces sujets et n’avaient aucune notion exacte et correcte sur la religion du Christ. A ce moment, en Angleterre, ceux qui apportaient l’esprit de la liberté dans l’examen des questions religieuses se partageaient entre deux tendances. Les uns voulaient réduire et simplifier les formules de l’église, abaisser les barrières, les tests officiels, afin de réunir et de garder dans l’enceinte de l’église le plus grand nombre de fidèles ; ils avaient l’ambition d’élargir la société religieuse, d’y faire pénétrer une sage liberté, et ils n’étaient pas éloignés de confondre les frontières de l’église et celles de la patrie. Les autres, plus fidèles aux traditions de la société ecclésiastique et plus effrayés à la pensée de toucher à sa constitution intérieure, acceptant sans la contrôler la notion accréditée qui fait de la doctrine le lien nécessaire de l’église, se montraient disposés à remettre à la société religieuse le soin de Légiférer sur tous les problèmes délicats qui intéressent son existence et sa prospérité, et se bornaient à réclamer pour toutes les doctrines et les églises la pleine égalité devant la loi. Depuis les conférences d’Hampton-Court et de Savoy et tous les essais tentés pendant la révolution, on avait fini par renoncer à ce beau rêve d’une église large, embrassant dans l’ampleur de sa sollicitude et de sa charité toute la nation ; on s’était résigné à le voir s’envoler dans le monde de la chimère. D’ailleurs les hommes d’état ne souriaient pas à cette idée d’une église si vaste qu’elle s’étendrait sur tout le pays ; ils craignaient d’y rencontrer un rival dangereux pour l’état et de voir renaître l’autorité d’un clergé que l’étroitesse de son dogme avait rendu impopulaire.

Les sympathies et les habitudes d’esprit de lord Shelburne le rattachaient plutôt à cette seconde tendance, et il s’occupait plus volontiers d’étendre les immunités et les droits qu’avait accordés l’acte de tolérance que de soutenir les efforts des latitudinaires, qui réclamaient l’abrogation des trente-neuf articles. Sur les instances