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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/383

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mort, en 1805. C’est pendant cette période que se produisent les deux plus grands événemens des temps modernes, l’indépendance de l’Amérique et la révolution française, et que se déroule la campagne si habile de George III pour ressaisir la prérogative royale dans toute son amplitude. Souvent acteur, toujours témoin et observateur des plus fins, Shelburne mérite d’être écouté quand il raconte les desseins qu’il a formés, quand il prend la mesure de ses rivaux et trace le portrait de quelqu’un des personnages qui remplissent la scène ou qu’il nous guide à travers ce dédale d’intrigues et de visées contraires qui forment l’arrière-plan de l’histoire de ce temps. Nous l’avons vu entrer dans la politique active sous les auspices de lord Bute, le favori du roi, chargé de la mission délicate d’acheter le concours d’Henri Fox ; puis, se séparant du ministère à l’occasion de l’expulsion du parlement du célèbre pamphlétaire Wilkes, pour suivre la fortune de Chatham, dont il sera le lieutenant et l’homme de confiance au sein du gouvernement [1]. Il nous reste à le voir à l’œuvre et à étudier la part qu’il a prise à la pacification des États-Unis, comme à ces luttes intérieures qui ont amené l’abaissement des whigs et la désagrégation des partis politiques, dont on commence à se réjouir aujourd’hui comme du triomphe de la politique nationale sur les intérêts mesquins et les passions des coteries et des factions. Sa fidélité à la France et aux principes de la révolution, au milieu des fureurs et des anathèmes que va déchaîner l’éloquence enflammée d’un Burke, recommande à notre attention les jugemens qu’il porte sur cette crise de notre histoire nationale. Au milieu de l’orage et de tant de sinistres prédictions, nous serons heureux d’entendre des voix amies qui de l’autre côté de la Manche nous encouragent et ne nous condamnent pas à un naufrage sans lendemain. Shelburne est entré suc la scène politique alors que l’horizon était tout empourpré par la gloire de Chatham penchant sur son déclin, et, après avoir rempli en quelque sorte l’entre-deux, il a salué, avant de se retirer, il a favorisé l’avènement du second Pitt. C’est à bon droit que la postérité, réparant les injustices de la renommée, toujours un peu éblouie par les succès, place aujourd’hui son buste au pied de la statue de ces deux grands ministres.


I

Nous avons laissé Shelburne au comble de ses vœux. Son attente n’avait pas été trompée ; lord Chatham était arrivé aux affaires et l’avait appelé à prendre place dans son ministère en qualité

  1. Voyez la Revue du 15 février 1876.