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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/378

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indigène que personne n’a jamais recensée, — les uns l’évaluent à 500,000 âmes, d’autres à 1 million, — mécontente du sort que lui font les boers, et disposée à se donner aux Anglais. D’ailleurs le trésor public était vide, le commerce suspendu. Le président Burgers avait perdu toute popularité ; il était question de le remplacer par un fermier du parti hollandais, déterminé à poursuivre la guerre à outrance avec toutes ses chances bonnes ou mauvaises. La paix venait d’être conclue avec Secocoeni, celui-ci ayant consenti, malgré son succès, à payer une indemnité de guerre de 2,000 têtes de bétail. Le Volltsraad, réuni en session, ne se décidait à rien, ne repoussant ni n’acceptant avec franchise le projet de confédération que la Grande-Bretagne offrait à la république, écartant même les réformes constitutionnelles que M. Burgers lui présentait.

D’innombrables pétitions en faveur de l’annexion arrivaient de toutes parts. Enfin sir T. Shepstone résolut d’agir. Par une proclamation datée du 12 avril, il déclara que le Transvaal redevenait province britannique. Il n’avait pour tout appui que vingt-cinq soldats, on le sait ; ce fut suffisant. Jamais nation ne renonça de si bonne grâce à son indépendance. Le président Burgers, que le récent voyage d’Europe avait sans doute éclairé, se donna le plaisir d’adresser une protestation aux souverains du monde entier. Cela fait, il se soumit tranquillement. Un bataillon d’infanterie campé sur les frontières de Natal fut appelé à la hâte pour prendre possession du pays. Ce n’est pas qu’il y eût la moindre émeute à redouter ; mais avec ce bataillon marchait la musique du régiment ; il était bon de montrer aux nouveaux sujets de la reine ce qu’est le luxe militaire d’une grande nation. Peut-être est-ce en Angleterre, à Londres même, que cette petite révolution causa le plus d’émotion. Quiconque n’était pas bien au courant de l’affaire s’étonnait que le gouvernement accrût d’une nouvelle province un empire d’une étendue déjà excessive. La politique de lord Grey était sensée, disait-on : s’il a fait évacuer ces possessions lointaines de l’Orange et du Vaal qui étaient de son temps un embarras pour la Grande-Bretagne quoique moins peuplées qu’à présent, pourquoi les revendiquer vingt-cinq ans plus tard ? On sait par ce qui précède, ce qu’il en faut penser. Pour une colonie située sur les confins du monde civilisé, l’extension graduelle est une nécessité ; c’est la seule garantie de paix ; c’est an surplus la tradition à laquelle la Grande-Bretagne est toujours revenue, à part quelques défaillances passagères.

Tandis que ces événemens se passaient dans l’hémisphère austral, le parlement britannique était saisi d’un projet de loi qui devait avoir pour conséquence de modifier d’une façon radicale