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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/376

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d’y jouir de la protection d’un pouvoir civilisé. Cetywayo apparut à cette réunion à la tête d’une armée de 8,000 hommes. Il fut cependant fidèle aux traités conclus avec les Européens. Bien plus, à la mort de son père, survenue en 1872, il demanda lui-même que M. Shepstone fût encore envoyé dans le Zoulouland pour assister à son installation. Le gouverneur de Natal y consentit. Chez ces peuples barbares, il est d’usage que tout nouveau souverain inaugure son règne en faisant massacrer les enfans ou les conseillers de son prédécesseur dont il redoute l’influence. La présence d’un envoyé anglais était une garantie que cette coutume cruelle ne serait pas suivie. En effet, la cérémonie du couronnement fut pacifique ; mais M. Shepstone en revint convaincu que Cetyiwayo était fier des traditions guerrières de sa famille, et que, bien qu’il comprît que le voisinage des Anglais lui imposait une politique moins belliqueuse, ses sujets n’étaient pas d’humeur à oublier que, du temps de Chaka, ils avaient été les maîtres de toute la région environnante. Encore nombreux malgré les émigrations qui s’opèrent sans cesse au profit de Natal, mieux armés depuis qu’ils savent se procurer des fusils en allant travailler aux mines, les Zoulous seraient encore des ennemis redoutables le jour où quelque fâcheuse provocation les soulèverait en masse contre les Européens.

Aussi comprendra-t-on quelle anxiété dut éprouver le lieutenant-gouverneur de Natal, lorsque, en 1875, pendant le voyage en Europe du président Burgers, les autorités du Transvaal envoyèrent un message brutal à Cetywayo lui-même, pour lui intimer de n’avoir plus à s’occuper des Swazies, dont il se regardait comme le suzerain, et que le Transvaal, d’autre part, avait pris sous sa protection. Lord Carnarvon, à qui l’on avait rendu compte de cet incident, écrivit de Londres que, en l’absence de tout lien fédératif entre les états de l’Afrique australe, il ne pouvait que formuler un blâme contre les velléités d’agrandissement de la république, parce qu’une guerre où les Zoulous d’abord, les Cafres ensuite, entraînés par leurs sympathies pour des congénères, prendraient bientôt part, serait assurément désastreuse pour tous les colons d’origine européenne. M. Burgers, qui était en Belgique, fort occupé de négocier un emprunt, fit les promesses les plus pacifiques au nom de ses compatriotes. On sait comment cet engagement fut tenu. L’année d’après, les boers attaquaient Secocoeni, l’un des vassaux de Cetywayo. Par une heureuse coïncidence, lorsque la nouvelle en parvint en Angleterre, lord Carnarvon avait autour de lui les délégués des provinces anglaises de l’Afrique australe, qu’il avait réunis pour discuter un projet de confédération. Natal était représenté dans cette conférence par sir Theophilus Shepstone, — un titre