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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/361

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Le gouvernement provisoire, auquel le délégué britannique remit le pouvoir avant de revenir au sud du fleuve Orange, ne perdit pas de temps. Une constitution républicaine fut aussitôt établie ; une assemblée du peuplé ou Volksraad en était l’élément principal. Tout homme de race blanche recevait le droit de suffrage à de certaines conditions de cens et de résidence. Unité au dedans, paix au dehors, tel était le mot d’ordre de la politique adoptée. Sous ces formules très simples se dissimulait l’ostracisme imposé aux premiers possesseurs du sol. Les natifs ne comptaient pour rien dans le gouvernement de cette jeune république.

Qu’en advint-il ? Les hostilités entre les boers et les Basoutos recommencèrent presque aussitôt pour ne plus finir. Tantôt ce n’étaient que des querelles de voisinage entre les pionniers de la frontière et les tribus les plus proches ; tantôt c’était une guerre véritable, avec les habitudes brutales du commando traditionnel. Moshesh, à qui les troupes anglaises inspiraient une certaine crainte depuis qu’il avait été châtié par elles, n’éprouvait que du dédain pour les burghers dont il avait encouragé les timides commencemens, comptant les enrôler comme auxiliaires contre ses ennemis personnels. A peine admettait-il que les fermiers hollandais eussent quelque droit d’usage sur le territoire où ils étaient établis. Un traité de délimitation avait bien été signé entre lui et le commissaire anglais ; mais, disait-il, les Anglais l’ont emporté avec eux lorsqu’ils ont repassé le fleuve Orange. Cette prétention fut d’abord couronnée de succès. Dans la lutte engagée en 1858, les boers eurent le dessous, à tel point qu’ils se virent contrains d’invoquer l’appui du gouverneur du Cap. Sir George Grey, appelé comme médiateur, imposa aux belligérans une rectification de frontière qui était à l’avantage des Européens. Six ans plus tard, sir P. Wodehouse, invoqué de nouveau comme arbitre, se prononça encore pour l’agrandissement de l’état libre d’Orange. Les Basoutos ne restèrent pas longtemps en paix ; soit qu’ils voulussent prendre leur revanche, soit que Moshesh lui-même ne fût plus obéi par ses sujets, la lutte reprit à la suite de meurtres isolés ou du pillage de quelques fermes. Cette fois les boers voulaient en finir. Obligés de donner tout en même temps leur sang et leur argent, ruinés par ces guerres interminables. qui paralysaient le commerce, dispersaient les troupeaux, suspendaient jusqu’au cours de la justice, les boers accusaient leurs adversaires de ruse et de mauvaise foi. Il est probable qu’ils n’étaient pas eux-mêmes sans reproche, et qu’ils ne respectaient pas toujours la frontière commune. Mais ils avaient le meilleur des argumens, ils étaient les plus forts. Par un article spécial de la convention de 1854, le gouvernement anglais et celui de la