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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/337

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principe et d’une manière générale dans la célèbre nuit du 4 août, d’atteindre ce but en dégageant avec soin la propriété de la féodalité, d’effacer les dernières traces de la société ancienne sans porter aucune atteinte aux droits légitimes, de tenir compte des coutumes locales au moment même où elles allaient cesser d’exister, en un mot « d’extirper du sol qu’il épuisait le grand arbre féodal qui avait autrefois couvert la France entière, dont, pendant sept siècles de suite, les rois avaient abattu toutes les branches, mais qui vivait encore par ses innombrables racines [1]. » Pour chaque ordre distinct de travaux, des comités spéciaux se forment. L’un, où se distinguèrent Sieyes et Talleyrand, est chargé du remaniement territorial de la France, le travail le plus étendu auquel on se soit jamais livré. Dans un autre, on réunit et l’on coordonne les élémens épars d’une législation nouvelle. Ici on se préoccupe d’assurer la durée de tous les autres changemens en les opérant dans les intelligences elles-mêmes, et pour cela on sécularise l’enseignement, on le fonde, comme tout le reste, sur une base civile, et, dans un magnifique rapport dont les principes seront éternellement vrais, Talleyrand considère l’instruction dans sa source, dans son objet, dans son organisation, dans ses méthodes, l’offre à tous les degrés et à tous les âges, la proportionne à toutes les conditions. Là on réorganise l’impôt ou plutôt on l’établit à nouveau, et en même temps que l’on trouve les moyens de faire face aux charges les plus lourdes qui aient jamais pesé sur un gouvernement, on formule pour chaque administration financière ces admirables lois organiques qui, étant le résultat d’une science profonde du droit, d’une connaissance complète de toutes les sources de la richesse publique, d’une prévoyance habile à déjouer les calculs de la fraude, ont résisté à l’épreuve du temps et sont aujourd’hui encore la base fondamentale sur laquelle est assis l’impôt. Comité de constitution, comité de finances, comité, de législation, comité des opérations de la guerre, comité de recrutement, comité d’enseignement, comité des travaux administratifs, comité des successions, comité des subsistances, comité des fondations nouvelles, on est trop souvent tenté de les oublier pour porter exclusivement l’attention sur le comité de salut public. M. Mignet nous apprend à être plus équitables, en mettant en relief dans plusieurs de ses notices l’intérêt saisissant qu’offre, à côté des journées dramatiques et sanglantes de la révolution, chacune des journées laborieuses de ces éminens organisateurs, de ces infatigables ouvriers de l’édifice social nouveau.

Pour accomplir une œuvre aussi prodigieuse, ils sont venus, les uns, comme Sieyes et Talleyrand, formés par l’église ; les autres,

  1. Notices et portraits, t. Ier, p. 293.