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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/282

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Ainsi, les voilà tous morts, ceux qui à des titres divers ont joué les premiers rôles dans cette longue histoire : après le prince Albert, le baron, de Stockmar, après le baron de Stockmar lord Palmerston, après lord Palmerston le roi des Belges. De tant de personnes illustres, une seule demeure encore, la plus illustre et la plus vénérée, la reine d’Angleterre, et il semble que tous les rayons épars dans ces récits d’histoire contemporaine se concentrent désormais sur le trône qu’elle occupe. Le lien de ces études, en effet, nos lecteurs ont pu le remarquer, c’est l’histoire de la monarchie constitutionnelle au XIXe siècle, cette histoire, non pas suivie, détaillée, mais vue de haut et dans ses phases principales. Qu’il s’agisse d’Angleterre, de Grèce, de Belgique, de France, d’Allemagne, qu’il soit question des dernières années de George III, de la régence du prince de Galles, du mariage de la princesse Charlotte, de l’avènement de George IV, du procès de la reine Caroline, du prince Léopold et du comte Capodistrias, de la fondation du royaume de Belgique, du mariage de la reine Victoria, des rapports de l’Angleterre et de la France, des visites du roi de Prusse, du tsar Nicolas et du roi Louis-Philippe à Windsor, de la formation et de la rupture de l’entente cordiale, des révolutions de 1848, de l’humiliation de la Prusse en 1850, de la lutte de Palmerston avec le prince Albert, enfin du jubilé du roi des Belges, l’affaire qui domine tout, c’est le tableau des épreuves, des crises, des vicissitudes, des transformations de la monarchie constitutionnelle pendant ces soixante dernières années. Grâce à la destinée de Stockmar, grâce aux notes qu’il a laissées et qui nous invitaient à de nouvelles recherches, la lumière nous arrivait de tous côtés, lumière bienfaisante, car elle montre où est le droit, et, avec le droit, le salut. Soit qu’il loue, soit qu’il blâme, et alors même que nous avons été obligé de le contredire, il est impossible de ne pas reconnaître en lui un maître de droit constitutionnel, un grandi casuiste parlementaire, un esprit aussi éloigné des doctrinaires que des radicaux, aussi hostile à la dictature du nombre qu’à la dictature d’un seul. C’est encore ce maître de droit public que nous rencontrons au terme de nos études, et c’est la reine Victoria qui nous y ramène. La dernière pensée de Stockmar a été consacrée à la constitution anglaise, son idéal de la vie politique, et aux périls dont il la croyait menacée. Voici la page la plus importante qu’il ait écrite dans les années qui précédèrent sa mort :


« Depuis que le bill de réforme a introduit brusquement dans la chambre des communes, une masse d’élémens démocratiques beaucoup plus considérable que ne le comportait la pratique antérieure du régime gouvernemental, on a vu se former un parti dont le but est