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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/273

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Bunsen, Alexandre de Humboldt, les hommes qui avaient le plus souffert de la convention d’Olmütz ; pouvait-il ne pas s’intéresser à un changement de politique, lui qui en 1850 avait poussé un cri de désespoir ? Échanger des vues, concevoir des espérances, oui, assurément, c’est ce qu’il faisait ; mais prendre une part quelconque, la part même la plus discrète, aux événemens qui se préparaient, rien n’était plus éloigné de sa pensée. De ces affaires d’Allemagne, il n’était plus qu’un spectateur, très sympathique toujours, mais impuissant. N’importe ; les féodaux tenaient bon. Nul ne put leur ôter de l’esprit que Stockmar avait dirigé à sa manière l’organisation de la régence. Le premier ministère du prince Guillaume, ce ministère qui paraissait (bien à tort) devoir introduire en Prusse les règles de la politique anglaise, c’était Stockmar, disaient-ils, qui, arrivant d’Angleterre, l’avait apporté tout fait dans sa poche [1].

Revenu à Cobourg vers la fin de l’automne, Stockmar ne sortit plus de sa retraite. D’augustes messages venaient sans cesse l’y trouver. Une fois même ce fut une royale visite. En 1860, la reine Victoria et le prince Albert, s’étant rendus en Allemagne, firent tout exprès ; le voyage de Cobourg afin de passer quelques jours auprès de leur vieil ami. Les détails nous manquent sur ces journées qui furent comme la récompense suprême du sage conseiller ; mais à quoi bon les détails précis ? L’imagination y supplée sans peine. Il ne s’agissait plus de politique, on refeuilletait ensemble dans le livre de la vie les pages les plus douces, on ne parlait que de souvenirs et d’espérances. Un seul fait nous est rapporté par le fils de Stockmar. Pendant ce séjour de la reine à Cobourg, comme le prince se promenait en voiture, ses chevaux prirent le mors aux dents et sa vie fut sérieusement menacée. M. Ernest de Stockmar ajoute avec une simplicité poignante : « Dans la manière dont il échappa au péril, mon père, comme d’autres personnes, vit alors pour ainsi dire la garantie d’une existence de longue durée. L’année suivante, une maladie subite emportait le noble prince. »

Qui donc en effet aurait pu s’attendre à un coup si violent et si brusque ? C’était au mois de décembre 1861. Le prince avait passé une partie de la journée à la chasse. Au retour, il se sentit mal à l’aise et se mit au lit. Une fièvre, légère d’abord, s’accrut avec une rapidité foudroyante. Tous les soins furent impuissans à conjurer le mal. Quelques jours après, le 14 décembre, il était mort.

Le monde sait quel fut le désespoir de la reine et comme toute l’Angleterre s’associa de cœur et d’âme à ce grand deuil. Ce fut

  1. «… Stockmar habe das Ministerium dor neuen Aera fertig in der Tasche mit aus England gebracht. »