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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/268

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session législative avait été prononcée le 13 juin. Avant l’ouverture de la session nouvelle, le renouvellement des conseils communaux eut lieu dans toute la Belgique, et les candidats de l’opposition remportèrent une éclatante victoire. C’était le 27 octobre 1857 ; trois jours après, le ministère offrit sa démission au roi. Bien qu’ils eussent encore la majorité dans le parlement, les ministres ou du moins la plupart d’entre eux avaient senti que l’esprit public ne les soutenait plus. M. Henri de Brouckère, qui représentait dans le parti libéral les mêmes tendances que M. de Decker dans le parti catholique, c’est-à-dire une politique de conciliation et presque de neutralité, tenta vainement de constituer une administration nouvelle. Averti par la gauche qu’il n’aurait pas son appui, il dut renoncer à la mission que lui avait donnée le roi. Ce soin fut confié à M. Charles Rogier, qui forma enfin le cabinet du 10 novembre. M. Rogier avait l’intérieur, M. Frere-Orban les finances, M. Tesch la justice. Tous les trois, après avoir tenu autrefois les mêmes portefeuilles, étaient tombés ensemble en 1852. Les nouveaux ministres étaient M. le baron de Vrière, nommé aux affaires étrangères, M. le général Berten à la guerre, M. Partoes aux travaux publics. Le premier acte de ce cabinet fut de dissoudre la chambre des représentans. Les élections générales se firent le 10 décembre et donnèrent l’avantage aux libéraux. La majorité s’était complètement déplacée et pour longtemps.

Léopold n’avait donc plus qu’à suivre les conseils de Stockmar, de M. Thiers, de M. Guizot, ou plutôt à reprendre l’ancienne pratique de son royal office troublée un instant par les violences de l’année 1857. Il rentrait dans les sphères sereines, attentif à tous les symptômes, laissant la vie politique se développer librement, donnant aux partis des exemples de haute sagesse, préoccupé avant tout de la prospérité commune, s’appliquant enfin, au milieu des luttes les plus ardentes, à demeurer le magistrat suprême, l’arbitre respecté, disons tout d’un seul mot, le vrai roi constitutionnel, non pas le chef d’un parti, mais le cœur et l’âme d’une nation.


III

Ces événemens de l’année 1857 en Belgique sont les derniers auxquels le baron de Stockmar ait été mêlé, les derniers dont on retrouve la trace dans sa correspondance. Il ne devait plus revoir son vieux maître, son ami si tendrement aimé, Léopold Ier, roi des Belges, et s’il lui était réservé encore de rencontrer la famille royale d’Angleterre, ce ne devait être ni à Londres ni à Windsor. Le neveu du roi Frédéric-Guillaume IV, le prince royal de Prusse Frédéric-Guillaume, avait épousé, le 25 janvier 1858, la fille de la reine