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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/258

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ministres son intention de réunir le lendemain les principaux membres de l’opposition et de leur exprimer la peine profonde que lui causait l’agitation du pays. Assurément, rien n’était moins parlementaire, mais, puisqu’on ne restait pas dans la constitution, n’était-ce pas lui donner le droit d’en sortir ? C’est ainsi que le roi justifiait à ses propres yeux cette démarche extraordinaire. Heureusement la nuit porte conseil. Le lendemain 29 mai, le roi conçut un autre projet ; il proposa que les trois premiers articles votés le 27 fussent convertis en une loi spéciale, et que la discussion fût arrêtée. Le gouvernement, sans reculer devant la violence, eût évité ainsi de poursuivre un débat qui excitait les passions. Pendant qu’on délibérait sur ce point, les nouvelles du mouvement des provinces exigèrent de la part du gouvernement une résolution plus décisive, et de la part de la majorité un sacrifice plus considérable. La session législative fut close. Le roi aurait préféré que les articles déjà votés demeurassent définitivement acquis à la majorité de la chambre, au moyen de cette conversion en loi spéciale dont il avait conçu l’idée ; ainsi le voulait le principe suprême, de la vie constitutionnelle, je veux dire le respect d’une discussion régulière et d’un vote librement émis. La clôture soudaine de la session avait l’inconvénient très grave d’être une reculade devant l’émeute, en même temps qu’elle ajournait et remettait en question les avantages obtenus par la majorité du parlement. Il y a des cas pourtant où la raison d’état domine tout. Puisque le salut public voulait que la loi fût retirée jusqu’à l’apaisement des passions, le roi signa le décret qui prononçait la clôture. Il fut convenu seulement, pour tenir compte des scrupules du roi, que le ministère s’engagerait à représenter la loi dès l’ouverture de la session suivante. Nous ne rappelons ce fait que pour l’honneur du roi Léopold ; la suite des événemens devait changer totalement la face des choses. La clôture de la session une fois prononcée, le roi, qui n’avait pas renoncé à dire personnellement son mot dans le conflit, écrivit à M. de Decker, ministre de l’intérieur et président du conseil, cette lettre ou plutôt ce message, beaucoup moins destiné au ministre qu’à toute la nation belge. Nous le reproduisons en entier, pour que le lecteur ait sous les yeux le document auquel se rapportent les réflexions de Stockmar :


« Mon cher ministre,

« Je reçois le rapport du cabinet, en date d’hier, et je m’empresse d’y donner mon approbation. En proposant l’ajournement de la discussion, vous prendrez une initiative que les circonstances vous indiquent et que le pays comprendra.

« Je profite de cette occasion pour adresser, par votre intermédiaire,