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Page:Revue des Deux Mondes - 1878 - tome 25.djvu/253

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instinctivement les conditions de son existence politique. Après l’éloge cordial, il ne faut oublier ni les conseils, ni les avertissemens. C’est l’union qui a fait la force de la Belgique dans les triomphes comme dans les épreuves ; qu’elle garde cette tradition, qu’elle l’entretienne et la fortifie ! « Scellons de nouveau l’alliance entre la nation et la dynastie de son choix. Raffermissons l’union de tous les membres de la grande famille belge dans une commune pensée de dévoûment à notre belle patrie. Inclinons-nous devant la Providence divine qui tient dans ses mains les destinées des nations, et qui, dans ses desseins impénétrables, a rappelé à elle une reine chérie dont l’absence peut seule rendre incomplètes les joies de cette mémorable journée ! »

Avez-vous remarqué avec quelle modestie le roi s’efface devant la nation ? Pas un mot de son rôle personnel, pas une allusion à ce qu’il a fait pour désarmer peu à peu les défiances d’une partie de l’Europe. Le président du conseil, M. de Decker, qui avait préparé ce discours avec Léopold, y avait inséré un passage où les services patriotiques du monarque libéral étaient rappelés dans les termes les plus dignes. Voici ce qu’aurait dit le roi s’il avait accepté là rédaction de son ministre : « J’ose me rendre ce témoignage que j’ai eu le bonheur de comprendre mon peuple. J’ai respecté ses croyances et ses traditions, j’ai défendu ses droits et ses intérêts. Médiateur entre la Belgique et l’Europe, j’ai su faire à mon gouvernement une place honorable dans les conseils des nations et entourer le nom belge d’universelles et légitimes sympathies. Médiateur entre tous les Belges, j’ai laissé la nation développer librement toutes ses forces vives, ne cherchant, au milieu de ses luttes pacifiques, qu’à dégager constamment la véritable pensée nationale. En un mot, j’ai tenu loyalement les engagemens que j’ai pris en 1831 : Belge par votre adoption, je me suis fait une loi de l’être toujours par ma politique. » Assurément rien n’était plus exact, et soit en Belgique, soit en Europe, aucune voix sérieuse n’eût contesté ces paroles ; le roi en remercia le ministre, mais il refusa de les rendre siennes. Tout ce passage fut supprimé. Le roi voulait que cette fête du 21 juillet 1856 fût avant tout la fête de la nation. Ce discours devait se résumer en deux points : hommages au patriotisme du peuple belge, actions de grâces à la Providence. Il resta donc sur ce dernier sentiment, et le cardinal-archevêque de Malines, assisté de tous les prélats du royaume, entonna le Te Deum laudamus, te dominum profitemur. C’était la vraie conclusion du discours royal.

La noble fête se prolongea pendant trois jours, et ce n’est pas seulement à Bruxelles qu’elle fut célébrée ; il n’y a pas une ville,